Portrait

Yves Delbrah, de talentueux footballeur à virtuose de la musique gabonaise

 Yves Delbrah, de talentueux footballeur à virtuose de la musique gabonaise
Yves Delbrah, de talentueux footballeur à virtuose de la musique gabonaise © 2022 D.R./Info241

Même au crépuscule de ses jours, celui dont nous peignons le portrait dans cet énième voyage littéraire est resté inamovible dans la pensée populaire des passionnés de musique et de ballon rond vivant en terre gabonaise et bien au-delà. « Aux esprits destinés à resplendir, le talent et la compétence ne sont point siamois à l’âge  », c’est ainsi qu’on pourrait résumer la carrière sportive et musicale de Yves Delbrah (1958-2022).

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Tant l’homme a inéluctablement immortalisé de son timbre vocal dans les mélomanes de sonorités musicales gabonaises ainsi que sa maestria footballistique pour les enchantés du sport roi. Cependant, Yves Delbrah ne s’est pas contenté de servir son pays à travers les ondes et dans des temples de football comme le stade omnisport président Bongo. C’est aussi par son engagement dans l’armée gabonaise que ce véritable amoureux du pays a bien voulu encrer sa totale dévotion à sa mère patrie. Son histoire, nous vous l’esquissions dans les lignes qui suivent.

 Naissance

Yves Delbrah est né dans le territoire autonome du Gabon après que cette ancienne colonie française d’Afrique équatoriale ait votée le « oui » lors du référendum constitutionnel du 28 septembre 1958. Cette naissance est survenue en date du 11 octobre 1958 précisément dans la commune de plein exercice de la province de l’Ogooué-Maritime, en l’occurrence Port-Gentil, et ce techniquement depuis la loi n°55-1489 du 18 novembre 1955 portant réorganisation municipale en Afrique équatoriale française, à Madagascar, au Cameroun et au Togo.

L’illustre disparu

Il avait pour épouse Aubierge Delbrah et fut le père de plusieurs enfants. Issu de la communauté ethnique Ngwémyènè, il était l’aîné d’une fratrie de huit enfants. Son père avait pour nom Delbrah et sa maman portait elle le nom de Wora mais était affectueusement appelée Mamayé, titre qu’il donna à l’une de ses compositions musicales au moment du décès de celle-ci en guise d’hommage et de devoir mémoriel.

 Parcours scolaire

Quand il eut l’âge de côtoyer les bancs de l’école primaire, le jeune Delbrah s’empressa de s’y rendre. Sa mère eut alors la persuasion que son garçon allait réussir ses études sans anicroche aucune. C’est donc dans sa ville natale qu’il suivit ses cours élémentaires à l’école primaire des garçons Saint-Louis et obtint ainsi son certificat d’études primaires tout comme son concours d’entrée en 6ème. Ensuite, il ne fit pas son secondaire au Collège d’enseignement général (CEG) de Saint-Louis mais s’envola pour Libreville, la capitale gabonaise, chez son oncle, Yenot Olingo, domicilié au quartier Likouala.

Soucieux du niveau scolaire du petit qu’ils voulaient important, ses parents décidèrent de l’envoyer au lycée national Léon Mba, la référence de l’enseignement secondaire de l’époque sous l’inspiration du très célèbre proviseur dudit établissement, le nommé Luc Marat Abyla. Yves Delbrah y obtiendra son baccalauréat au sein même du lycée Léon Mba. Il suivra ensuite une formation d’officier à l’Ecole des forces armées de Côte d’Ivoire de Zambakro, localité située dans la région des grands lacs et dans le district de Yamoussoukro, capitale politique officielle de la Côte d’Ivoire.

 Carrière footballistique en club

Depuis sa tendre enfance, Yves Delbrah était un fervent amoureux du ballon rond. Il ne manquait pas une seule occasion pour braver les terrains sablonneux de football de son quartier et des artères voisines. Comme beaucoup de jeunes de l’époque, Delbrah a essayé en tant que footballeur en herbe, de jouer dans plusieurs positions sur le terrain sur mais sa robustesse dans les duels et sa promptitude faisaient de lui un athlète pétris d’énormes qualités notamment pour occuper les postes de latéraux au sein d’une équipe professionnellement constituée. Quand il arriva au premier lycée public du pays, il rejoignit l’Association sportive scolaire du lycée Léon Mba (ASS ou ASSLLM) donc la section de football portera premièrement le nom de « Les Anges » puis celui de Les Anges ABC.

Au sein du lycée, Yves Delbrah attira sur lui tous les regards suite à son maniement du ballon et grâce à son sens aigu du positionnement. Le 13 juin 1975, « Les Anges ABC » devient un club de football professionnel par décision du ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports de l’époque, Jean-Boniface Assélé. Yves Delbrah en était sociétaire. Cette décision faisait suite à une volonté de profonde refonte du football gabonais par le président de la République, Omar Bongo, qui voulait faire taire le très prononcé tribalisme au sein clubs de Libreville et de l’intérieur du pays. Cette communautarisation des formations sportives avait longtemps perduré et c’était mise en place bien avant l’accession du pays à la souveraineté internationale.

Cette plaie était béante dans des clubs comme Orambaka, Amicale, Vantour Mangoungou, La lorraine, Olympique, les Abeilles, l’Union sportive de Bitam (USB), l’Union sportive d’Oyem (USO). Une première tentative de réorganisation au sein des clubs d’établissements scolaires avait été élaborée par le ministre des Sports de cette époque, Emmanuel Mefane, donnant naissance au club de l’Association sportive solidarité (ASS). Ledit club regroupait les joueurs les plus talentueux des écoles secondaires de Libreville originaires de diverses communautés ethniques. Mais, l’ASS disparut en 1972.

Avec l’arrivée de Boniface Assélé à la tête des sports gabonais, le championnat du Gabon (actuel championnat du Gabon de football) va être réemménagé et « Les Anges ABC » deviendra un club à part entière faisant dorénavant partie de l’élite du football gabonais. Yves Delbrah remportera avec ladite formation, le championnat de l’Estuaire, le championnat du Gabon de 1979 à l’âge de 21 ans ; l’équipe finira ira même jusqu’en quart de finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions. Au courant des années 1980, il ira grossir les rangs du club militaire Forces terrestres et navales (FTN) renommé en Association sportive militaire omnisport Libreville (ASMO-Libreville) entre 1989 et 1993 puis Football canon 105 de Libreville en abrégé FC 105 de Libreville. Au sein de celle-ci, il sera au moins trois fois champion du Gabon et une fois, vainqueur de la coupe du Gabon en 1986.

Rappelons que dans les années 1970, Yves Delbrah faillit signer un contrat professionnel à l’Association sportive de Cannes football (AS Cannes), club français de deuxième division de 1950 à 1987, n’ayant connu l’élite que durant la saison 1965-1966. Cette opération ne put se faire car les parents de Delbrah notamment sa génitrice souhaitait qu’il termine ses études. Malgré son départ pour la France et des tests concluants, il fut donc dans l’obligation de regagner le Gabon et de continuer son secondaire au lycée Léon Mba.

 Carrière footballistique en équipe nationale et office professionnel

C’est lors des rassemblements comptant pour la préparation des premiers jeux d’Afrique centrale organisée à Libreville au Gabon en 1976 qu’Yves Delbrah fut appelé de manière inédite à l’équipe nationale du Gabon. A 18 ans, il figurait sur la liste élargie de la sélection mais ne fut pas retenu dans celle qui devait compétir. L’année d’après alors que le Gabon devait affronter le Maroc, le natif de Port-Gentil est appelé à intégrer officiellement la sélection nationale Azingo national devenue les Panthères du Gabon en l’an 2000.

Il occupait le poste de latéral droit. Lors des qualifications comptant pour les Coupes d’Afrique des nations (CAN), Yves Delbrah Delbrah était presque toujours présent car il a été le capitaine de l’équipe pendant près de dix ans. Avec la sélection Gabonaise, Yves Delbrah et ses coéquipiers à l’instar de Guy Mbina, Georges Amégasse, Léon Mistoul, Georges Bongo ou encore de Samuel Raouto, ont remporté deux coupes de l’Union des Etat de l’Afrique centrale (UDEAC). La première en battant la République du Congo sur le score de 3 buts à o à Franceville et la seconde, en 1985 et la seconde en étant victorieux du Cameroun, 2 buts à 1 à Yaoundé. Cependant de 1978 à 1992, le Gabon n’a jamais pu arracher son ticket pour une phase finale de la CAN. Ce qui fut une déception poignante pour le capitaine Delbrah.

Yves Delbrah, baptisé par ses amis et ses proches « Gnango Gnango, » mit un terme à sa carrière en 1990, lui qui travailla sous les ordres de pas moins de cinq sélectionneurs notamment le yougoslave Vladimir Cozma, les français Robert Vicot et Alain de Martigny ainsi que le manager gabonais, Alain Da Costa. Il est notamment classé parmi les meilleurs latéraux droits du siècle de la sélection gabonaise de football. Par ailleurs, après l’obtention de son baccalauréat, Yves Delbrah s’engagea dans les forces armées gabonaises. Il suivit sa formation à l’Ecole des forces armées (EFA) de Côte-d’Ivoire.

Son engagement pour la patrie l’emmenait à s’absenter très souvent de l’équipe nationale de football. A la fin de sa formation, il fut auréolé d’un diplôme d’officier. Tout au long de sa carrière militaire, Yves Delbrah a à maintes reprises, été envoyé en formation ou en stage à l’étranger sur et en dehors de la sous-région. Il obtint plus tard le grade de lieutenant puis celui de colonel. C’est sa profession qui précipita la mise en demeure de sa carrière de joueur à l’âge de 32 ans à cause des stages et des missions qu’il avait à accomplir. C’est en effet en tant qu’officier supérieur des forces armées gabonaise que l’ex capitaine d’Azingo national fit valoir son droit à la retraite.

 Carrière artistique

Après avoir mis un terme à sa carrière internationale, Yves Delbrah décide d’embrasser une carrière musicale pour demeurer une personnalité publique. Il s’était déjà énamouré du chant et de la chanson lors de sa carrière au sein de Azingo national où il fut pratiquement le chansonnier en chef qui ne ratait pas une seule occasion pour ambiancer le vestiaire, haranguer les coéquipiers et enjoliver les victoires. Une reconversion qui lui réussira bien comme Saint-Joseph Gadji Céli avant lui en Côte d’Ivoire, lui aussi emblématique capitaine de l’équipe ivoirienne du ballon rond.

Le célébrissime "Efemo"

En 1995, il enregistre son premier album studio « Aluani », prémices de sa discographie aux six recueils de sonorités. Le disque connaît un triomphe phénoménal avec le titre à succès « Efémo » qui va faire danser de millions de mélomanes à travers le Gabon, l’Afrique et au-delà. Chanteur de charme de la rumba gabonaise, Yves Delbrah a offert à ses fans et aux férus de la musique en générale cinq autres albums studios dont « Mamayé  » sorti en 2004, « Nkani », « Elagho (cri du cœur) », « Waléwana  » disponible dès 2011 avec des pistes inoubliables tels que « Nkombé  », « Mamayé », « Nkani  », «  Rêves de nuit  », « Ntchilo », « Renda », « Ntchungu  », « Orèma », « Myè  », « Nkélé  » ou encore « Opunga ». Toutes ces productions sonores ont très souvent été au goût des auditeurs et de curieux mélomanes à l’occasion de plusieurs circonstances célébrant la vie, le bonheur, le mariage ou encore la naissance.

En près de vingt ans de carrière, le fils aîné de « Mamayé » a partagé de nombreuses scènes avec des poids lourds de la musique africaine comme Papa Wemba ou encore des artistes ivoiriennes de haut rang comme Mathey ou « Monique Séka. Yves Delbrah s’est produit dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Congo ou encore la France. Au Gabon, il a chanté aux côtés des artistes hautement confirmés comme Oliver Ngoma, Jean-Christian Mackaya Ma Mboumba dit Mackjoss, Hilarion Nguéma ou encore le légendaire poète et musicien gabonais, Pierre-Claver Akendengué.

Yves Delbrah est aussi l’auteur d’une œuvre littéraire précisément d’un recueil de textes intitulé « Les lueurs du crépuscule » paru le 28 juin 2021 aux « Editions Les trois colonnes ». Il préparait néanmoins un septième album studio « Gédja » dont le titre éponyme devait être la figure de proue de ce dernier né de sa non négligeable discographie. Il l’enregistra en France, dans l’unité de vie dont il était propriétaire en Ile-de-France, au moment de son long confinement de huit mois.

L’album devait être disponible en début d’année 2021 mais plusieurs empêchements notamment son état de santé constituèrent un frein pour sa sortie officielle. Sa musique fut étrangement d’un modernisme transgénérationnel car aujourd’hui encore, ses sonorités sont autant appréciées par les plus jeunes dont beaucoup n’étaient quasiment pas nés ou vraiment moins âgés en ces temps, que par les anciens de son époque.

A partir du milieu des années 1990, Delbrah Yves devint une icône de la musique gabonaise et de la rumba locale en particulier. Un colossal et imposant crooner dont la notoriété avait certainement dépassé celle qu’il avait au sein de l’équipe nationale de football du Gabon.

 Une stature pas si parfaite ?

Lors d’une tournée musicale africaine de Papa Wemba à l’orée même du 21ème siècle, ce dernier offre une prestation à Port-Gentil, capitale économique Gabon, constituant la première étape de ladite tournée commencée au Gabon. Le lieu du concert est le stade municipal de cette commune marigovéenne. Au moment où il doit officiait sur l’un de ses tubes de l’époque « O’koningana », il se rend très vite compte que l’absence de Tony Madinda, rappeur dans ladite sonorité, enlèvera du goût dans ce « met » musical. Il met alors la foule au défi et soumet ses fans à un test vocal pour relever le challenge de la séquence « rap » du morceau « O’koningana ».

Un dénommé Mouckétou Jean-Louis dont le nom d’artiste est « MC Fada » se prête au jeu et ébloui Wemba suite à son rendu vocal et à son inspiration d’autant plus qu’il utilise sa langue vernaculaire, « le Y’punu », pour réaliser sa prouesse. Le géant de la musique congolaise est sous le charme et décide de s’attacher les services de MC Fada pour le reste de la tournée. Au moment de quitter le Gabon, Papa Wemba laisse des recommandations précises à Yves Delbrah pour qu’il s’occupe des commodités et de la situation administrative de Fada afin qu’il le rejoigne diligemment. Malheureusement pour le jeune gabonais, il n’aura plus jamais de nouvelles de Delbrah. C’est au tout début des années 2000 que cette anecdote est datée. Soulignons que bien avant ce feuilleton, Wemba et Delbrah s’étaient déjà rencontré en France et ce sont eux qui avaient élaboré cette tournée dont le lancement était prévu au Gabon choisissant pour l’occasion les villes de Port-Gentil et de Libreville.

Les deux hommes devinrent très proches au fils des années, Wemba conseillant régulièrement Delbrah à propos de sa carrière musicale et lui apportant souvent une assistance technique, par exemple au niveau des arrangements. Le monde du show-business de façon globale et celui du Gabon particulièrement est souvent gangrené par l’égoïsme, le favoritisme et la nécessité du carnet d’adresse bien fourni. Au moment où plusieurs artistes gabonais comme celui dont nous dressons le portrait aujourd’hui devenaient d’importantes figures de la jet-set gabonaise, on pourrait s’avancer à dire que ce n’était certainement pas un inconnu qui s’étant assuré les grâces de Wemba lors de son séjour, aurait été si facilement propulsé à l’international en devenant l’une des pépites de choix de la superstar congolaise.

Sans toutefois s’appuyer sur des affirmations injustifiées au regard du seul exemple ci-dessus qui a précédé ces mots, l’on pourrait se demander pourquoi l’opération ne s’est-elle jamais faite ? Est-ce le seul artiste en devenir qui a été, à priori, victime de la stature de l’ex capitaine d’Azingo national devenu un astre important de la constellation musicale gabonaise ? L’avenir ne nous le dira certainement jamais en raison de son retour éternel à la terre.

 Dernière confrontation

C’est en Hexagone dans une structure sanitaire de Cergy Pontoise, ville nouvelle française localisée dans Nord-Ouest de la région Ile-de-France, qu’Yves Delbrah a disputé la dernière rencontre de son existence dans la nuit du 21 juillet 2022. Agé de 64 ans, l’homme s’était rendu en France pour y suivre des soins. Sa dépouille fut rapatriée le mardi 9 août 2022 et il inhumé le 13 août 2022. Yves Delbrah repose éternellement dans son Port-Gentil natal, au cimetière municipal sis derrière le bâtiment abritant la gabonaise des télécommunications, Gabon Télécom. Plusieurs personnalités gabonaises et amis ont exprimé leur tristesse et leur reconnaissance à l’ex pensionnaire de l’Association sportive et militaire omnisports-Libreville (ASMO-Libreville) à l’instar de Dieudonné Ndoumou, un de ses anciens coéquipiers lorsqu’il évoluait dans « Les anges ABC ».

Par ailleurs, le ministre gabonais des Sports, de la Jeunesse chargé de la vie associative, Franck Joseph Fernand Nguéma s’exprimait, sur sa page Facebook, en ces mots le lendemain de sa disparition « Nous apprenons avec une grande tristesse le décès de Yves Delbrah, 64 ans, ce jeudi 21juillet 2022. Ancien capitaine de l’équipe nationale de football du Gabon Azingo, il fut un leader sportif exemplaire, chaleureux, disponible pour son pays. Repose en paix l’artiste du ballon rond et de la rumba. ». Aussi, des sonorités en guise d’hommages lui ont été adressées à l’exemple de « Papayé », une version de son morceau « Mamayé » revisité en sa mémoire, chanté par un collectif visiblement très proche du défunt.

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