Policiers ripoux

SOS Prisonniers crie justice pour Cédric Apedo, mort dans les bras de la justice gabonaise

SOS Prisonniers crie justice pour Cédric Apedo, mort dans les bras de la justice gabonaise
SOS Prisonniers crie justice pour Cédric Apedo, mort dans les bras de la justice gabonaise © 2022 D.R./Info241

Ce 17 mai est un jour triste pour les proches de Cédric Apedo Amoumou (29 ans), un technicien en génie civil d’origine étrangère, mort en détention en 2020 par la faute de 8 policiers gabonais qui ont tenté de faire chanter la famille du disparu en réclamant 2 millions pour sa remise en liberté après une descente musclée à son domicile d’Alibendang à Libreville. C’est le récit glacial que fait l’ONG SOS Prisonniers dans un communiqué parvenu ce mardi à la rédaction d’Info241.

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Quand des policiers ripoux sèment la mort. C’est la douloureuse histoire de Cédric Apedo mort après 5 jours passés entre les mains des agents de l’Office central de lutte anti-drogue (OCLAD) et de la prison centrale de Libreville. Une sombre affaire qui perdure depuis 2 ans malgré l’incarcération courte de 2 des 8 policiers à l’origine selon la famille du décès de leur fils pour lequel il réclame justice depuis deux ans.

Une descente pour la mort

La course pour un aller sans retour pour la mort commence le 12 mai 2020 par la descente musclée des agents de l’OCLAD au domicile familial des Apedo à Alibandeng à 4h du matin. « Selon la famille, après avoir fouillé dans les différentes chambres dudit domicile, dont la chambre de Cédric, les policiers n’ont pas trouvé l’ombre de la drogue ou du cannabis qu’ils cherchaient. Mais selon le Procès Verbal d’interrogatoire du mis en cause, il a reconnu avoir 3 bonbons de cannabis lors de son interpellation », relate l’ONG.

Le disparu de son vivant

Malgré leur fouille infructueuse, les agents le conduiront dans les locaux de l’OCLAD situés en face du Komo. Ils emporteront avec eux les caisses d’argent où Cédric Adepo entreposait pas moins de 350 000 FCFA. Le lendemain, une seconde fouille aura lieu à la maison du prévenu. « Durant leur seconde fouille au domicile le mercredi 13 mai 2020, vers 9h, Cédric ne cessait de dire à sa famille en langue vernaculaire qu’il était victime ’de tortures, sévices corporels et autres humiliations de la part de ces policiers’ », rapporte l’ONG pour décrire les sévices dont il aurait été victime.

La rançon de 2 millions

Après cette énième fouille, une des policière fixera à la mère de Cédrin Apedo un curieux rendez-vous le 14 mai 2020 au carrefour Léon Mba. « Au lieu et à l’heure indiquée, la maman et un autre de ses fils se sont rendus pour entendre ce que la policière voulait leur dire. C’est alors qu’après avoir demandé à ses interlocuteurs de ne pas l’enregistrer et d’arrêter les téléphones, elle a clairement demandé une somme de deux millions (2.000.000) de Francs CFA, en contrepartie de quoi Cédric allait recouvrer sa liberté », dévoile SOS Prisonniers.

« Pour justifier un tel montant et tenter de convaincre, elle va dire qu’une partie de cet argent sera reversée au procureur de la République ou au juge », montrant le caractère ripoux de ces agents des forces de sécurité. Devant le refus de la famille de céder à ce chantage, Cédric Apedo sera déféré devant le parquet le jour suivant, soit le 15 mai où son incarcération sera rapidement prononcée après 3 jours passés dans les locaux de l’OCLAD.

La case prison

« Le jour du déferrement au parquet de la République, le 15 mai, le grand frère de Cédric était au tribunal. Il affirme que Cédric présentait des signes de fatigue évidente et un mal-être apparent », rapporte l’ONG. C’est finalement 2 jours plus tard, le 17 mai 2020 que la famille apprend abasourdie la mort de Cédric. Elle se rendra à la prison où les proches du disparu découvriront « le corps de Cédric, sans vie, baignant dans une mare de sang ». Débutera la guerre pour éclairer les circonstances de ce décès surprise.

Le rapport sur le constat de ce décès par la prison énumère un corps volumineux en état de décomposition moins avancée, que les lèvres, cou, ventre, face et poitrine de Cédric étaient enflés. Mais aussi une hémorragie buccale, une hémorragie nasale et une inflammation des bourses. « Ce rapport du constat de décès s’achève par la conclusion suivante : ’Suite à ce qui s’observe au terme d’hémorragie, une hypothèse de l’agression reste très envisageable compte tenu de la quantité et la qualité du sang. En outre, une autopsie sera souhaitable pour confirmer le diagnostic’ ».

Un décès suite à des mauvais traitements

Pour la prison, « Apedo Amoumou Cédric Brice est décédé d’affection médicale ». Ce qui obligera la famille à réclamer une autopsie. Celle-ci revelera que Cédric avait de petites plaies arrondies et superficielles sur le bras gauche et sur les cuisses, une absence de bol alimentaire dans l’estomac et des intestins vides. Mais aussi un hématome sur la face interne du cuir chevelu et, une fissuration osseuse temporale droite sans lésion sur la face interne de la boîte crânienne au regard de cette fissuration.

Le médecin légiste conclura à une mort des suites des complications d’un trouble métabolique grave, probablement une hypoglycémie. « Toutefois, la victime a eu une agression physique sur la tête avec un objet contondant », martèle le rapport. Ce rapport confirme ainsi « les déclarations de la victime qui disait à ses parents le mercredi 13 mai 2020 être victime de coups, de tortures et de sévices corporels », rappelle l’ONG. Ce qui remet en cause le procès verbal d’interrogatoire dans lequel Cédric avait reconnu avoir 3 bonbons de cannabis, certainement sous la torture croit savoir la famille.

5 jours d’injustice

5 jours auront donc suffit pour parvenir à la mort de Cédric mettant en ordre de bataille sa famille qui déposera une plainte contre 8 policiers de l’OCLAD, accusés d’avoir joué rôle dans les maltraitances et le manque d’alimentation de la victime. Une plainte qui découlera sur l’incarcération de deux policiers jetés en prison le 26 août 2020. Le procureur de la République ayant reconnu que « pèse sur les policiers présumés auteurs de ce crime des présomptions suffisantes d’avoir volontairement porté des coups ayant entraîné la mort de Adepo Amoumou Cédric et d’avoir tenté d’extorquer les fonds à la mère de la victime ».

Mais l’incarcération des deux policiers tournera court puisqu’au bout de 6 jours, « le juge d’instruction a levé le mandat de dépôt. Les policiers ont été remis en liberté. Le juge s’est donc dessaisi de l’affaire, au profit d’un autre juge d’instruction », relate l’ONG. Débutera alors une bataille judiciaire qui débutera par l’appel de la décision déposé le 7 septembre 2020. Le 29 novembre 2020, un nouveau juge d’instruction sera en charge de l’affaire va communiquer le dossier au parquet de la République pour transmission au parquet général et à la chambre d’accusation.

Une bataille judiciaire qui perdure

L’affaire judiciaire en restera là depuis cette date avec les policiers de l’OCLAD remis en liberté. D’où le cri poussé une nouvelle fois par SOS Prisonniers dans cette affaire qui serait bloquée « par certains magistrats du parquet ». La famille interpellant en vain le procureur de la République pour la prise en compte de cette affaire noyée dans les couloirs de la justice gabonaise. Une affaire de présomption d’innocence bafouée par la police qui a eu raison 3 mois plus tard de la mort du père de Cédric le 17 août 2020. Ne pouvant supporter plus longtemps l’injustice dont serait victime cette famille.

Selon l’ONG qui milite pour l’humanisation des prisons gabonaise, « Ce papa n’a pas pu supporter le choc de voir que les policiers qui sont censés être des modèles dans la Cité en respectant les lois en vigueur dans notre pays puissent être les premiers à les bafouer sans être punis ». De même qu’il n’a « pas pu supporter que les magistrats qui sont chargés d’assurer l’application de la loi ne rendent pas assez justice à ses yeux ». Une sombre affaire qui devrait faire réagir les autorités judiciaires qui ne doivent pas laisser perdurer impunis un décès survenu par la faute d’agents dépositaires de l’autorité de l’Etat.

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