Portrait

Rose Francine Etomba Alela Rogombé, de magistrate à politicienne gabonaise mitigée

Rose Francine Etomba Alela Rogombé, de magistrate à politicienne gabonaise mitigée
Rose Francine Etomba Alela Rogombé, de magistrate à politicienne gabonaise mitigée © 2021 D.R./Info241

Lorsque le Gabon accède à la souveraineté internationale en 1960, les postes clés de l’administration de ce petit Etat d’Afrique centrale et désormais ancienne colonie africaine de France, n’étaient jusque réservés quasiment à la gent masculine. La place de la femme dans la société gabonaise était pour bon nombre de gabonais, celle de la mère au foyer. Elle s’occupant exclusivement des tâches ménagères ou encore de l’éducation des enfants. L’administration coloniale y était aussi pour beaucoup, ne considérant pas les droits politiques des femmes de ses colonies.

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Mais durant l’année 1956, la loi-cadre « Gaston Deferre » réorganise la vie politique des chasses gardées africaines de France en octroyant aux femmes plusieurs droits politiques car l’un des textes de ladite loi-cadre stipule que l’égalité des droits politiques entre hommes et femmes est désormais reconnue légalement et ce dès 21 ans. C’est grâce à celui-ci que certains postes politiques ou administratifs ont pu être octroyés aux femmes. Elles qui n’avaient jusque-là des fonctions similaires qu’au sein de certaines communautés traditionnelles et ce pour seulement des privilégiées de par leur rang social ou leur sang royal.

C’est ainsi que qu’au début des années 1960, plusieurs femmes vont commencer exercer dans diverses institutions d’ordre politique, juridique…Nous vous dévoilons aujourd’hui le portrait de l’une d’entre elles qui finit même par occupée, le temps d’un instant, la fonction suprême d’une république : Rose Francine Etomba Alela épouse Rogombé (1942-2015).

 Venue au monde

Rose Francine Etomba Alela naît le 20 septembre 1942 à Lambaréné, capitale provinciale du Moyen-Ogooué. Même s’il est vrai que le Gabon n’était en ces temps qu’un territoire français placé sous l’autorité de l’Afrique équatoriale française (AEF). Ayant fait carrière dans le droit, cette juriste était connue de tous comme une femme froide, au tempérament glacial pourvue d’une rigueur implacable. Elle a longtemps servi au sein du sulfureux et très contesté Parti démocratique gabonais (PDG) dont elle fut une militante et une ardente défenseure.

De grandes attentes pesaient sur elle

Elle était d’ethnie Galoa, un pan non négligeable de l’importante communauté Myènè. Elle fut mariée à Jacques Rogombé, ancien directeur général de la forêt et puissant forestier, et a été la mère de plusieurs enfants dont l’ex patronne de la Convention patronale gabonaise (CPG) et indéboulonnable ministre de l’Emploi et de la Fonction publique, Madeleine Edmée Berre. Femme d’acier et de poigne tout comme l’était sa défunte mère.

 Cursus

Rose Francine Etomba Alela débute sa scolarité dans son Lambaréné natal précisément à la mission Saint François-Xavier. Ensuite en 1952, elle poursuit ses études à Libreville notamment à l’internat des métiers de l’école urbaine des filles puis au Lycée moderne de Libreville en 1957, lieu prisé des jeunes apprenants gabonais dans lequel plusieurs cadres locaux reçurent la formation. Elle y décroche son Brevet d’études du premier cycle (BEPC) au mois de juin de l’année 1962. Cette même année, Rose Francine décide de mettre un terme à ses études secondaires pour devenir « actif occupé » car elle affirmera plus tard que l’envie de travailler lui dévorait l’esprit.

Une femme au brillant parcours

Rose Francine Rogombé tombe éperdument amoureuse de la profession de juriste et débute en tant que greffière. En 1964, elle rejoint son époux affecté dans l’Hexagone et décide de poursuivre ses études dans le droit. Elle s’inscrit alors à la faculté de droit de Nancy, ville située au Nord-est de la France. Elle y passe deux ans et obtient un diplôme de capacité en droit. Rose Francine Rogombé s’inscrit par la suite en 3ème et 4ème année de droit à Libreville.

 Carrière dans la magistrature

Rose Francine Rogombé débute sa carrière de juriste en 1962 en tant que greffier au parquet de Lambaréné. Ensuite, elle atterrit au greffe civil de Libreville. Elle y exerce jusqu’en novembre 1964. De retour au Gabon en 1967, elle intègre la magistrature en juillet 1968. Elle devient alors la première femme gabonaise à pratiquer cette profession.

Le Gabon n’étant encore qu’une république fragile et en manque de cadres dans les différents corps de métier, Rose Francine était alors l’une des rares femmes autochtones possédant un tel niveau d’instruction. Comme on peut le constater, c’est au lendemain du putsch manqué de 1964 que Madame Etomba épouse Rogombé fut invitée à venir gonfler le maigre rang de la magistrature gabonaise.

Quoi qu’il en soit après son intégration, elle occupe d’abord le poste de substitut du procureur de la République, puis celui de juge d’instruction. Elle devient par la suite vice-présidente du tribunal de grande instance de Libreville avant d’être finalement conseillère à la chambre juridique de la cour suprême. Après 1990, elle devient vice-présidente de la Cour criminelle spéciale.

 Parcours politique

A la mort du feu président Léon Mba Minko, Albert Bernard Bongo le succède. Celui-ci instaure une autocratie avec pour figure un parti unique du nom de Parti démocratique gabonais (PDG). Tous les cadres et privilégiés du pays doivent en faire partie sauf quelques rares opposants au farouche jeune président. C’est dans cette optique que Rose Francine Rogombé s’engage en politique en 1973 aux côtés d’Omar Bongo. Elle rejoint le bureau consultatif de l’Union des femmes du parti démocratique gabonais (UFPDG) et le comité central dudit parti.

La sénatrice Rogombé

Voulant congratuler son engagement et sa fidélité, le président Bongo la promeut dix ans plus tard dans l’équipe gouvernementale de l’époque. Elle devient alors secrétaire d’Etat chargé de la promotion de la femme en 1983. Il faut reconnaître en effet à ce président-dictateur, son combat et ses prouesses à faire évoluer le rôle et la place de la femme dans l’entendement machiste gabonais, au gré de coups bas et de basses besognes dont il fut soit accusé soit l’auteur. De plus, Rose Francine est une fervente servante de Georges Rawiri dont elle est la filleule politique, une logique géopolitique étant tous deux issus du même coin du pays. En 1988, elle se voit confier la charge des Droits de l’Homme.

En 1990, le vent de la démocratie souffle sur le pays et c’est la Conférence nationale de la même année qui plante finalement le décor. Le pluralisme politique substitue le monopartisme, plusieurs affidés du PDG quitte le navire ou décide de s’effacer momentanément. Rose Francine Rogombé, elle, décide de mettre sa carrière politique en sourdine bien qu’elle soit toujours soumise politiquement au ténébreux Georges Rawiri. Elle rebondit sur la scène politique en 2008. Il faut dire que Rose Francine Rogombé a longtemps été accompagné de Rawiri, qui sans sourciller a dû l’encadrer et la préparer à être parmi les premiers scénaristes du film tragi-dramatique intitulé « Gabon ».

Lorsque Rawiri meurt en 2006, Rose Francine est déjà bien rodée pour assurer la continuité du règne rawirien sous d’autres hospices avec en toile de fond, la présidence de la chambre haute du parlement. En 2008, elle devient conseillère municipale du 2ème arrondissement de Lambaréné puis sénatrice Le 16 février 2009, près d’un an après son « retour » politique gagnant, elle accède au fauteuil président de la deuxième plus haute institution de la République.

 Intérim au Palais de la Rénovation et prises de position critiquées

Lorsque le président gabonais Omar Bongo décède le 8 juin 2009 à Barcelone, le pays vacille et les interrogations sont nombreuses. Les cancans vont bon train et d’aucuns parlent d’une prise du pouvoir par la force dont l’auteur ne serait que son fils Ali Bongo, alors ministre de la défense lors des faits. Mais comme le prévoit la Constitution gabonaise dans son article 13, l’intérim doit être assurée par le président du Sénat afin d’organiser de nouvelles élections dans un délai de 45 jours.
C’est bienheureusement ce qui arriva.

Rogombé prêtant serment comme présidente intérimaire du Gabon

Rose Francine Rogombé, actuelle présidente du Sénat en ces temps assura l’intérim. Elle fut remplacée au Sénat par son vice-président sieur Léonard Andjambé. Rose Francine Rogombé prête serment le 10 juin 2009 et devient le troisième président de la République gabonaise, le premier non élu. Elle ne bénéficie donc pas de toutes les prérogatives d’un chef d’Etat comme la dissolution de l’Assemblée nationale ou encore l’organisation d’un référendum.

A la suite des résultats de l’élection présidentielle du 30 août 2009, le très discuté candidat du PDG et fils du défunt président, Ali Bongo, remporte les élections selon les autorités gabonaises en tête desquelles le ministre de l’Intérieur, Jean-François Ndongou. Ali Bongo est finalement intronisé président le 20 octobre 2009. La communauté internationale félicite alors Rose Francine Rogombé pour sa gestion du pouvoir par intérim mais les acteurs politiques de l’opposition et ceux de la société civile dénonce sa grande proximité avec le candidat pédégiste Ai Bongo qui garda son poste stratégique de ministre de la Défense sans pourtant démissionner de celui-ci comme le veut la loi.

Lors des émeutes post-électorales qui avaient ébranlées le pays surtout dans la ville frondeuse de Port-Gentil, entre autre capitale économique du pays, Rose Francine Rogombé était accompagné d’Ali Bongo pour constater d’elle-même les dégâts causés par les manifestants pro-opposition pour dénoncer une énième fraude électorale au profit des Bongos. Ce fut une image bien terne présentée aux gabonais qui n’étant pas dupes, s’étaient rendus à l’évidence de la supercherie politique orchestrée de toute pièce par les autorités de l’époque et par extension orchestrée par Rose Francine Rogombé alors président intérimaire du Gabon.

D’autres faits lui sont aussi reprochés notamment le non-aboutissement de l’enquête concernant le mitraillage en pleine campagne électorale de la télévision privée « TV+ » propriété d’André Mba Obame alors challenger principal d’Ali Bongo, l’assaut des forces de l’ordre le 3 septembre 2009 contre les candidats à la présidence qui entendaient faire pression pour un décompte transparent des voix mais surtout le bilan mitigé du nombre de victimes lors des émeutes de Port-Gentil après les résultats finaux de la présidentielle de 2009.

En 2015, Rose Francine Rogombé n’obtient pas le soutien de son parti pour briguer un second mandat à la présidence du Sénat. Elle qui a pourtant été élue sénatrice dans la 1ère circonscription de Lambaréné. Elle décide alors de se retirer de la vie politique. Elle fut remplacée par un autre candidat du même parti qu’elle, Lucie Milébou épouse Aubusson dont la présidence au Sénat est toujours en cours.

 Disparition

Rose Francine Rogombé meurt à Paris le 10 avril 2015 dès suite d’une crise cardiaque. Elle était alors âgée de 72 ans.

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