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Portrait

Robert Hamill Nassau, pionnier de l’église presbytérienne au Gabon

Robert Hamill Nassau, pionnier de l’église presbytérienne au Gabon
Robert Hamill Nassau, pionnier de l’église presbytérienne au Gabon © 2022 D.R./Info241

Dans l’imaginaire et la pensée collective, l’essor de la ville de Lambaréné est intrinsèquement lié à l’arrivée et à l’activité médicale du docteur franco-allemand Albert Schweitzer. Mais bien avant son arrivée sur les rives du fleuve Ogooué en 1913, un missionnaire évangélique de nationalité américaine du nom de Robert Hamill Nassau (1835-1921), brava de manière inédite la dangerosité et le difficile environnement naturel de la région de l’Ogooué.

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Il fut même le premier médecin, en dehors des guérisseurs indigènes, à arriver au Gabon. Puis vinrent Valentine Ehrhardt épouse Lantz et Maurice Robert. En effet, Schweitzer connaissait l’existence de ses prédécesseurs et l’avait même affirmé dans l’une de ses déclarations. C’est sous l’impulsion du Dr Nassau que la première station missionnaire Kangwé/Kangoué fut fondée en 1876. Issu d’une noble famille de Pennsylvanie, le Dr Robert Nassau s’envola pour l’Afrique au compte du Conseil des missions étrangère de l’Eglise presbytérienne américaine.

Après ses passages à l’île de Corsico, au village Belambla puis à la station missionnaire de Baraka édifiée au village de Libreville, actuelle capitale de la République gabonaise, il se rendit en pays Nkomi où il érigea deux stations : celles de Belambla puis la plus connue, celle de Kangoué devenue plus tard Andendé. Le révérend Nassau était un homme pieux et aimable en dépit du fait qu’il n’était pas très aimé par certains de ses collègues missionnaires blancs qui à cause de sa grande proximité avec les populations autochtones. Il dédia 45 années de sa vie à l’éducation du peuple indigènes et à l’évangélisation des « 

 Naissance et vie de famille

C’est le 11 octobre 1835 que Robert Hamill Nassau fut extirpé du ventre de sa mère. Cette naissance se déroula aux Etats-Unis d’Amérique (USA) à Montgomery Square, communauté non constituée en société du comté de Montgomery faisant partie du Commonwealth de Pennsylvanie. Sur les cinquante Etats que comptent les USA en dehors de la Pennsylvanie, trois autres portent officiellement le nom de Commonwealth notamment les subdivisions politiques du Kentucky, de Virginie et du Massachusetts. Le Dr Robert Hamill Nassau eut deux femmes dans sa vie. Ses parents, Charles William Nassau et Hannah Hamill Nassau, furent les auteurs d’une fratrie de 11 enfants, il occupait la 6ème place.

Robert Nassau était affectueusement appelé Hamill par ses proches et il était plus attaché à ses sœurs qu’aux garçons de la famille ; il aimait délicieusement bien sa génitrice. La première, Mary Cloyd Latta, une missionnaire américaine décédée en 1870 dans le Golfe de Guinée notamment à l’île de Corisco et la seconde, Marie Brunette Foster, elle aussi missionnaire américaine, morte au courant de l’année 1884. Robert Nassau fut le père de trois garçons et d’une fille : William Latta, George Paul (qui mourut peu de temps après sa naissance) et Charles-Francis étaient les fruits de son amour avec Mary Cloyd, et Mary Brunette fut celui de son affection profonde avec Mary Brunette Foster.

 Cursus

Dès son plus jeune âge, Robert Hamill Nassau fut envoyé à l’école pour y être instruit et formé. Il débute ses études à la « Lawrence Classical And Commercial High School encore appelée « Lawrence Academy » ou encore « Lawrence Classical Academy » (actuelle « The Lawrenceville School » depuis 1883) dans l’Etat du New Jersey frontalier à la Pennsylvanie par l’Ouest. Puis Robert Nassau fréquenta, de la fin des années 1940 jusqu’en 1954, la « New Jersey State Normal School » (actuel « The College of New Jersey) toujours dans le New Jersey dans la ville de Trenton ; il y décroche son parchemin.

En 1957, il obtient aussi une maîtrise en arts. Pendant deux années, il dispense des cours dans l’établissement d’un de ses oncles. En 1956, Hamill Nassau s’inscrit dans un établissement universitaire privé du New Jersey établit dans la ville de Princeton, la Princeton Theological Seminary/Le séminaire théologique de Princeton, pour y acquérir un enseignement théologique protestant.

Après avoir été diplômé de ladite université en mai 1959, Robert Hamill Nassau fut ordonné plus tard, ministre de culte donc révérend protestant. Nassau poursuivit ses études en Pennsylvanie dans la plus ancienne école de médecine des USA, la « Pennsylvania Medical School » (actuelle « The Perelman School of Medecine at the University of Pennsylvania » depuis 2011 et communément appelée Penn Med) incorporée peu de temps après au sein de l’Université de Pennsylvanie à Philadephie (familièrement dénommée Penn ou UPenn), institution d’enseignement supérieur de recherche privé.

Il y a obtenu une qualification en médecine avec l’injonction de ne pas exercer sur le sol américain. En 1891, ladite université l’a honoré du grade de docteur en théologie sacrée. Pris également sous l’aile du Consistoire du Nouveau-Brunswick, il étudiait aussi à la « First Presbyterian Church of Shrewsbury. Il fut auréolé d’une licence le 29 avril 1859. Robert Nassau a reçu son ordination le 17 avril 1961 à la « First Presbyterian Church of Cranbury » basée dans l’Etat du New Jersey aux USA.

 Genèse de son périple africain

Après la fin de sa formation en avril 1861, Robert Hamill Nassau qui était un membre du Board of Foreign Missions of the Presbyterian Chruch (BFMPC) in USA (actuelle Presbyterian Mission Agency/Agence missionnaire presbytérienne) traduit littéralement par Conseil des missions étrangères de l’Eglise presbytérienne américaine, avait été choisi pour être envoyer en Afrique sous l’impulsion du symposium de l’Eglise presbytérienne américaine du Nouveau-Brunswick. Le nouveau Nouveau-Brunswick était en ces temps une province de l’empire britannique et s’appelait antérieurement « Acadie » ; les membres de son église pratiquaient l’anglicanisme aussi dénommé le protestantisme anglican.

Pour ce faire, il fallait être marié à une femme dévolue à l’action missionnaire, en bonne santé et dotée d’une bonne instruction ; le but était bien souvent d’éviter de fâcheux agissements ou des accusations dérangeantes à l’instar des viols sur les femmes indigènes ou des alliances « contre-nature » mettant en péril ou discréditant l’administration coloniale. Ayant rallié le Conseil presbytérien des missions étrangères avec le statut de missionnaire, c’est fort logiquement à ce titre que le Dr Robert Hamill Nassau s’embarqua le 2 juillet 1861 à New York. Sa destination fut l’Afrique précisément l’île de Corisco, située dans le Golfe de Guinée et qui était en ces temps une colonie de l’empire espagnol et ce dès 1843. Il fit le voyage avec un révérend déjà très expérimenté, un missionnaire senior du nom de James Mackey qui maîtrisait le patois des populations indigènes de Corisco, le « Benga ».

Mais lorsque le Dr Nassau arriva dans cette partie de l’Afrique, plusieurs missionnaires protestants de nationalité américaine s’y étaient déjà installés notamment au Fort d’Aumale (implanté officiellement le 18 juin 1943) qui prendra le nom de Libreville après la signature d’un accord puis d’un traité général entre le capitaine de vaisseau Rodolphe Augustin, baron Darricau, et plusieurs chefs traditionnels des villages de l’Estuaire respectivement le 28 mars et le 1er avril 1844. Il s’agit entre autres des rois Quaben Kakarapono, Anguilè Ré-Dowé dit « le roi Louis », Rassondji « roi Georges », Manuel Kringer, Antchuwè Kowè Rapontchombo dit « Roi Denis » ou encore R’Ogouarowe Ravony Will Glass dit « le roi Glass ».

Ces derniers étaient tous des souverains de plusieurs villages-royaumes au sein desquels ont été construits plusieurs comptoirs coloniaux ; à partir de 1859, l’établissement de Libreville (que l’on pourrait appeler par extension le Gabon en raison des nombreuses régions n’ayant pas encore été explorées et incorporées à l’établissement) fut rattaché au territoire colonial du nom de « Les établissements français de la Côte de l’Or et du Gabon), Libreville qui appartenait d’abord à la « Colonie de Gorée et dépendances » depuis le 1er novembre 1854. Par ailleurs, ledit traité fut ratifié au poste colonial d’Okolo à l’est du village royaume « Olamba » du roi Glass.

C’est précisément à cet emplacement que le révérend et missionnaire protestant, John Leighton Wilson, acteur éminent de l’American Board of Commissionners for Foreign Missions (ABCFM) ou American Board littéralement traduit par le Conseil américain des commissaires/délégués aux missions étrangères, qui est la plus ancienne organisation missionnaire étasunienne, fonda sa mission le 22 juin 1842 sur le site d’un ex parc pour esclaves qui abritaient d’anciennes bicoques pour captifs dénommé « Baraka » devenant le premier religieux à s’établir au Gabon. De plus, la station missionnaire ouvrira une école conventionnelle, la pionnière de l’enseignement occidental en terre gabonaise.

Ensuite vers la fin de l’année 1965, le Dr Nassau s’installa dans la première station de la côte équatoriale, tenue par son ami missionnaire, le révérend pennsylvanien George Paul, à quelques encablures du fleuve « Mbini » appelé « Rio Benito/rivière Benito » en espagnol et « Woleu » dans l’actuelle province du Woleu-Ntem au Gabon car le cours supérieur de celui-ci est situé dans le septentrion dudit pays ; c’est d’ailleurs les deux hommes qui choisirent le site de ce poste missionnaire. Après la mort de sa première épouse en 1870 et de George Paul en, le Dr Nassau se retira de cette région. Entre cette date et 1874, le Dr Robert Hamill Nassau rejoint la mission de Baraka au village de Libreville. A cette époque, le comptoir du Gabon faisait partie de la colonie française « Gorée et dépendances » et l’île de Gorée, elle, fut rattachée au Sénégal en 1859.

 Carrière missionnaire au Gabon

Après les décès de George Paul, le 14 mai 1865, et de son épouse Mary Cloyd Latta Nassau survenu le 10 septembre 1870, le Dr Nassau s’installa définitivement à la mission de Baraka sise à Libreville en 1871. Comme tous les missionnaires de cette époque, Robert Nassau avait fait de l’évangélisation des peuples indigènes sa priorité ainsi que leur enseignement qui se faisait en langue de Shakespeare. Nassau les considérait comme des païens sans éducation qu’il fallait venir en aide pour moderniser et occidentaliser leur logiciel social et sociétal. Entre 1870 et 1871, l’ABCFM décide de léguer ses missions d’implantation dans l’Ogôwè à la BFMPCU.

Par ailleurs, le français devenu obligatoire dans les colonies de l’empire de Marianne dès 1883, l’ABCFM en conclave avec Pierre Savorgnan de Brazza, commissaire du gouvernement de l’Afrique occidentale française (AOF) puis commissaire général du Congo français (protectorat français de 1886 à 1906 dont Libreville fut la capitale jusqu’en 1906), adressent une demande écrite à la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP) pour que certains de ses missionnaires puissent venir remplacer les nombreux religieux protestants partis de Libreville. En 1874, les missionnaires presbytériens en tête desquels le Dr Robert Nassau se lance à la conquête de l’Ogôwè profond ; ce dernier revenait de vacances bien méritées de 3 ans. Nassau acheta un terrain appartenant à un chef coutumier du nom de « Kama » au village « Belambla ».

C’est à cet endroit qu’il sortit de terre une mission protestante éponyme à la localité avec l’assistance de nombreux indigènes de Corisco, de Baraka et des alentours. Le village se trouvait en amont du fleuve « Ogôwè ». Le révérend Robert Hamill avait porté son choix à cet emplacement car le patois du peuple indigène qui y vivait ressemblait fortement à la langue « Benga ». Mais suite aux pillages de ses biens et à la quasi-destruction de son habitation surtout par les « Bakele » au moment de ses déplacements loin de la mission, Nassau entreprit de changer de site. Après près de cinq ans d’activités difficiles à cet endroit, décision est prise de déplacer la mission au niveau de la rive droite du fleuve. A cette période de l’histoire, les membres du BFMPCU s’étaient donné pour mission celle de convertir et d’enseigner les populations autochtones le long du Bas Ogôwè et des régions environnantes.

Les individus visés sont ceux appartenant aux communauté ethniques Pahouin, Nkomi, Galoa… C’est ainsi que verra le jour, la station missionnaire protestante de Kangwé/Kangoué localisée à la lisière du fleuve Ogôwè et créer par le Dr Nassau en 1876 ; sa sœur, Isabella Nassau, le rejoignit peu de temps après. Une école de garçons fut bâtie par Nassau et une autre pour les filles y fut édifiée par sa sœur. Une église fut aussi érigée et les travaux commencèrent en 1879 ; ces écoles deviendront plus tard un collège puis sera transformé en lycée, l’actuel lycée évangélique Michel Fanguinovény de Lambaréné.

Aidé par un certain nombre d’autochtones chrétiens de confession protestante ayant été reçu leur formation à la mission évangélique de Baraka et d’autres missionnaires américains, le Dr Nassau s’investit dans la formation spirituelle et académique des jeunes indigènes. On leur enseigne les calculs, l’apprentissage de la langue anglaise, la lecture ou encore l’écriture. L’étude biblique n’est pas en reste. De nombreux pasteurs protestants locaux sortiront de ces missions évangéliques américaines comme Georges Oyembo,Félix Ombagho Paul Agondjo ou encore Michel Fanguinovény. D’autres seront même baptisés avec des patronymes anglo-saxons à l’exemple de Bigman, James ou encore Jocktane.

Des noms qui sont encore bien présents dans des actes d’état civil de plusieurs gabonais. La station de Kangwé/Kangoué deviendra communément appelée station évangélique d’Andendé en raison de l’église qui était implantée dans cette partie de la mission. De 1880 à 1881, le révérend Nassau prend un deuxième congé et va convoler pour la deuxième fois en justes noces. Six ans après avoir fondé ladite mission évangélique, le Dr Robert Hamill Nassau érigea en 1882 dans le vieux village de Talagouga, une station du même nom située en aval du poste colonial de Ndjolé et en amont de l’Ogôwè ; sa femme, Mary Foster Nassau, s’éteindra deux ans plus tard. Elle fut réimplantée en 1896 sur l’île éponyme de la station pour qu’elle puisse être vraiment voisine de la contrée de Ndjolé.

Cela fut rendu possible par la volonté des missionnaires français de la SMEP qui poussèrent à la sortie, leurs homologues américains dans le but premier d’éradiquer la culture anglo-saxonne afin de préserver les intérêts coloniaux et l’influence de l’empire français sur les populations locales. Trop d’exigences avaient été faites de la part de l’administration française : interdiction de dépasser le poste de Ndjolé pour les non français, imposition d’embauche des protestants français pour l’enseignement des autochtones, prohibition de l’expression et de l’écriture en anglais…

En 1892, le Conseil des missions étrangères de l’Eglise presbytérienne américaine cède l’ensemble de ses missions à la SMEP ; ladite institution évangélique française, tout comme les autorités du même pays, étaient gênées de l’enseignement protestant qui se faisait en anglais et en langue vernaculaire propre à la région dans laquelle les représentations des postes évangéliques étaient édifiées. Pour imposer son hégémonie, la Métropole française dû rendre obligatoire l’usage de son dialecte.

En effet, l’empire français avait officiellement depuis 1986, fait de son établissement du Gabon une des colonies formant le territoire du Congo français composé des comptoirs du Gabon et des territoires du Congo. Libreville en fut la capitale de sa création jusqu’en 1906 ; cette réalité administrative et politique prenait aussi en compte la région de l’ogôwè comprise dans le Congo français et d’autres possessions de la colonie nouvellement conquises.

Pendant la même période, le révérend Nassau est en congé aux USA. A son retour, il est affecté au titre de missionnaire principal à la mission de Baraka. Mais les choses ne s’arrangèrent pas avec les protestants français d’autant plus que Robert Nassau ne parlait toujours pas bien le français. En 1899, il est à nouveau en congé pendant près d’un an. En 1900, il est envoyé par le BFMPCU à la mission évangélique de Batanga (du nom des populations qui y vivaient) appartenant au Sud du Cameroun (Neukamerun à ce moment), colonie de l’empire allemand, pour y officier ; Nassau y retrouve sa sœur affectée sur place depuis le milieu des années 1890 et qui rendit l’âme en 1906.

Par ailleurs, entre 1900 et 1903, le Dr Robert Hamill Nassau est de nouveau muté à Baraka avant d’être définitivement affecté à Batanga. En 1905, il présente sa démission car il se retrouve maintenant soumis à un inspecteur du BFMPCU. Le 3 décembre 1906, la démission de Nassau fut finalement acceptée Par le Conseil des missions. Une lettre de remerciement en guise d’hommage lui fut adressée. En voici quelques lignes « Le comité et le Conseil souhaitent consigner leur appréciation du long et éminent service du Dr Nassau.

Parti pour l’Afrique en 1861, il a travaillé avec une dévotion unique et pleine d’abnégation. Il a beaucoup souffert pour la cause de Christ. Nous l’assurons e notre haute estime personnelle, de notre confiance en son caractère chrétien… ». Après quarante an et demi d’activités ecclésiastiques et académiques en œuvrant au réveil de « l’esprit » et de l’intellect des populations indigènes, Robert Nassau estompa ses états de service et quitta douloureusement l’Afrique.

A toute fin utile, la femme et l’épouse du Dr Nassau furent les premières femmes blanches missionnaires vivant dans la région de l’Ogôwè et sa fille, le premier enfant occidental né en Afrique équatorial.

 Autres activités

Originaire d’une famille noble, le Dr Robert Nassau n’a de cesse continuer à s’investir dans la recherche et dans les analyses scientifiques et techniques concernant les différents évènements auxquels il fut confronté durant son important séjour en Afrique. Avec pour objectif d’aider ses pairs docteurs de la Faculté de médecine de Pennsylvanie, il convoya plusieurs échantillons d’espèce végétales de l’immense et richissime forêt équatoriale vers les USA pour faire avancer les recherches dans les domaines médicale et biomédicale.

Epris d’ethnographie, de botanique indigène et passionné d’histoires missionnaires, le Dr Nassau se lança dans la rédaction de plusieurs ouvrages d’apprentissage de patois africains notamment en langue Benga mais aussi dans des œuvres d’études de rites, de mythes et de réalités mystico-spirituelles d’ordre gabonais. Il fut pour cela aidé par une féministe, missionnaire et enseignante Mpongwè, Jane Harrington Anyentyuwé, qui détenait plusieurs savoirs sur le fonctionnement du monde invisible gabonais. Cette dernière était en effet la nounou de sa fille, le Dr Nassau l’engagea en 1888 pour l’épauler dans la garde et l’éducation de son enfant.

Aussi, elle connaissait fort bien l’histoire des premiers missionnaires arrivés au Gabon en 1842 et le déroulement de l’implantation de celles-ci dans le village de Libreville et ailleurs. On disait du Dr Nassau qu’il était de bon cœur et altruiste tout comme son « ami » et collègue, Pierre Savorgnan de Brazza, qu’il accueillit chez lui. En envoyant en 1891 une cervelle intacte de primates notamment d’un gorille, il fît avancer la recherche des hommes de science s’intéressant à ses animaux considérés comme les cousins lointains de l’homme.

D’autant plus que le squelette d’un gorille qu’il les expédia une fois fut dans un parfait état et facile à faire des investigations poussées. Une aubaine pour les primatologues. Amoureux de la nature et de l’environnement de brousse, le Dr Robert Nassau éternisa plusieurs panoramas de l’écosystème de la forêt équatoriale. Il prit aussi en photo ses activités ainsi que celles de ses collaborateurs dans les différentes missions évangéliques où il officia.

 Difficile cohabitation

Durant ses 45 ans à sillonner l’Afrique occidental équatoriale et le Congo français, Robert Hamill Nassau a été au cœur de l’édifications de plusieurs missions évangéliques dans les régions de l’actuelle République de Guinée équatoriale et de l’actuelle République gabonaise. Comme d’autres avant lui, Nassau envoya bon nombre de collections d’artefacts culturels à l’Université de Pennsylvanie et à Princeton pour que des spécialistes y mènent des études, du moins c’est la raison qu’il avança. Mais sa présence dans les environnements indigènes n’était pas très souvent avalisée par les populations qui se méfiaient de l’implantation coloniale et de ses effets pervers.

En dépit de cette méfiance, le révérend Robert Nassau brava l’animosité et le dédain de certains autochtones. Il se servait de sa foi en Christ pour ne pas être évincer de quelque façon que ce soit. Il aimait s’exprimer en ces mots « La peur peut paralyser un homme qui manque de confiance mais un disciple du Christ peut la dompter. ». Ainsi, Nassau vivait très souvent, avec toute sa famille, à proximité des habitants indigènes des régions dans lesquelles il bâtit ses missions et ce même à la mission de Baraka qui fut, elle, fondée par John Leighton Wilson. On pouvait aisément répartir en trois catégories, les populations locales qu’il côtoyait : il y avait les nouveaux chrétiens indigènes, les indigènes qui appréciaient les missionnaires et ceux qui n’en avaient admiration aucune et qui souhaitaient qu’ils déguerpissent.

Le Révérend Nassau les taxait de païens et d’animistes mais trouvait presque toujours des astuces pour négocier avec eux sans qu’ils ne se disputent. En effet, il croyait aux malédictions, aux esprits et à la sorcellerie car il connaissait certains arcanes du mysticisme indigène et continuait à en étudier les contours. Mais souvent, la situation avec ses « voisins » autochtones était au bord de l’implosion. Pour illustrer cette difficulté de coexistence, énonçons une histoire rocambolesque qu’il vécut à l’île de Corisco.

Un vendredi après-midi, un groupe de païens vint au village dans lequel il habitait et exigea que les villageois augmentent considérablement les prix des denrées et produits qu’ils vendaient aux missionnaires. Comme à son habitude, le Dr Nassau décida de solutionner le problème par une discussion ouverte. C’est donc poliment qu’il refusa l’accroissement tarifaire. La défiance de Nassau à l’endroit des tumultueux indigènes rendit fous les contestataires. Diligemment, ils firent appel au pouvoir d’Ukuku, entité mystique très sulfureuse.

A la suite de l’invocation d’Ukuku, les indigènes réfractaires à l’établissement du missionnaire établirent une loi composée de trois articles. Le premier article interdisait la vente de denrées alimentaires au révérend Nassau, le second suggérait qu’aucun autochtone ne travailla désormais plus pour la mission évangélique. Le dernier prohibait à la mission l’utilisation de l’eau de source indispensable au quotidien.

Il faut tout de même souligner que la loi d’Ukuku était enracinée dans la superstition africaine et avait directement trait à la sorcellerie. Elle fut élaborée par une sorte de secte constituée uniquement d’hommes. Elle avait pour objectif de répandre la peur et conduire à l’obéissance via la soumission. Le message était clair. Tout indigène qui puiserait de l’eau à la source et l’apportera aux missionnaires était sous le joug de la faucheuse. Ceux qui étaient chrétiens et qui travaillaient normalement avec le révérend Nassau ne savaient plus où donner de la tête. Deux difficiles choix s’offraient à eux : défier Ukuku ou rompre leur accord avec Nassau. Le Dr américain, afin de ne pas causer de tort à ses collaborateurs, décida de ne pas les obliger à continuer d’assurer leurs charges. Il supprima la cloche du début de travail.

Dès le lendemain matin, Nassau décida publiquement de ne pas se conformer aux exigences de ses adversaires. Il mit donc à défi la loi Ukuku. Il entreprit d’aller lui-même à la source qui se trouvait très loin de la mission et de surcroît en pleine forêt. Un chemin très rugueux devait être emprunter pour y arriver. Le Dr Robert Nassau prit son courage à deux mains car il avait également besoin de s’approvisionner en eau. Caché dans la végétation, un indigène-espion attaqua Nassau et à tenta de faire tomber le récipient en l’occurrence le seau d’eau qu’il transportait. Mais le révérend se montra très agile. Cependant, l’insurgé indigène essaya de planter le bout de sa lance dans le dos de Nassau.

Miraculeusement, la pointe da lance Nassau n’atteignit point le missionnaire. Les deux hommes furent médusés et Nassau s’empressa de rentrer avec son seau bien rempli d’eau. Le jeune indigène prit ses jambes à son cou et ne tarda pas à alerter ses aînés qui l’avaient chargé de surveiller le révérend. Cependant, le fait que Nassau ne soit point mort suite à la violation de la loi d’Usuku convint nombreux autochtones de la puissance du « dieu » des missionnaires. Alors, ils se prirent fait et cause pour les chrétiens » et s’assurèrent de la protection de la mission et avertirent le missionnaire du danger qui le guettait. Le temps d’un instant, une foule non négligeable assiégea les lieux et plusieurs coups de fusil furent tirés. Bienheureusement, aucune victime ne fut déplorée.

Avant que la situation ne soit aussi tendue, le révérend Nassau put rejoindre sa femme. « Ce fut un combat court, en colère, et sans effusion de sang de moins de vingt minutes, et Ukulu a été vaincu […] Côte à côte, madame Nassau et moi nous sommes agenouillés et avons ressenti trop profondément pour les mots que Dieu était notre refuge, une aide précieuse dans les ennuis ». Plus tard dans la soirée, le missionnaire se rendit compte de la noblesse et de la sympathie des villageois à son égard et rendit grâce à Dieu pour les nombreux miracles qu’il avait accompli tout au long de cette journée aussi mouvementée qu’incertaine.

C’est en cela que le Psaumes 46 versets 1 à 3 fut régulièrement prononcer par le révérend docteur Robert Nassau « « Dieu est notre refuge et notre force, toujours prêt à aider dans les moments difficiles. Ainsi, nous n’aurons pas peur lorsque les tremblements de terre viendront et que les montagnes s’effondreront dans la mer. Laissez les océans gronder et écumer. Que les montagnes tremblent tandis que les eaux déferlent ! ».

 Productions littéraires

Le Dr Robert Hamill Nassau était membre correspondant de « The American Geographical Society (AGS)/La société américaine de géographie » et publiait fréquemment dans « The Bulletin of the American Geographical society ». Il fut aussi membre d’honneur de « The Acheological Association of the University of Pennsylvania (AAUP)/L’association archéologique de l’Université de Pennsylvanie ». Ses travaux sont conservés uniquement aux USA notamment dans les archives de la Bibliothèque de Burke dans la ville de Philadelphie en Pennsylvanie, au District of Columbia Public Library/Bibliothèque municipale du district de Columbia, à la New York Public Library (NYPL)/Bibliothèque publique de New York.

Ses principales œuvres sont « Fetichism in West Africa : Forty years’s observations of native customs and superstitions/Fétichisme en Afrique occidentale : Quarante ans d’observations des coutumes et superstitions indigènes » parue en 1904, « The path she trod : A memorial of Marie Brunette (Foster) Nassau/Le chemin qu’elle a foulé : mémorial de Marie Brunette (Foster) Nassau » parue en 1909, « Corisco days : The first thirty years in the West Africa mission/Journées de Corisco/Les trente premières années de la mission en Afrique de l’Ouest » parue en 1910 « Tales out of school/Contes hors de l’école », « The youngest king : A story of a magi/Le plus jeune roi : histoire d’un mage » et « Africa : An essay/Afrique : Un essai » parues en 1911.

Comme autres ouvrage, le révérend-docteur Nassau a aussi rédigé « Where animals talk : West Africa folklore/Là où les animaux parlent : Traditions folkloriques d’Afrique de l’Ouest » et « In a elephant corral : And other tales of West Africa experiences/Corral d’éléphants : D’autres récits d’expériences d’Afrique de l’Ouest » parus en 1912, « Batanga Tales/Contes de Batanga » parue en 1915, « Bantu Sociology/Sociologie Bantu » parue en 1914 « My Ogowe : Being a narrative of daily incidents during sixteen years in equatorial West Africa/Mon Ogooué : récits d’incidents quotidiens pendant seize ans en Afrique de l’Ouest équatoriale » parue en 1914.

En marge de cela, on peut éventuellement citer ses publications dans les périodiques d’information de l’AAUP et l’AGS que sont « Some causes of the present improved : Health of missionaries to Africa/quelques causes des réalités sanitaires : Etat de santé des missionnaires en Afrique » imprimée en 1893, « Sowing beside all waters/Semer au bord des eaux » imprimée en 1899 « Fetichism : A governement/Fétichisme : Un gouvernement » et « Fetichism in West Africa : Their number, locality and characteristics/Fétichisme en Afrique de l’Ouest : Nombres, localités et caractéristiques » imprimées en 1901, « Spiritual beings in West Africa : Their classes et their functions/Êtres spirituels en Afrique de l’Ouest : leurs classes et leurs fonctions » imprimée en 1903.

Toutefois, les premières productions littéraires du Dr Nassau furent « Crowned in palm-land : A story of african mission life/Courroné dans la palmeraie : une histoire de vie missionnaire africaine » sorti en 1874, « Historical Sketch of the mission in Africa : Under the care of the Board of foreign missions of the presbyterian church/Esquisse historique en Afrique : sous la bienveillance du conseil des missions étrangères de l’Eglise presbytérienne » sorti en 1881, « Mawedo : The palm-land maiden/Mawedo : la jeune fille des palmiers » paru en 1882, « A history of the presbyterian of Corisco/Histoire du prébystère de Corisco » paru en 1888 mais aussi « Mackey’s Grammar of the Benga-Bantu language/Grammaire Mackey de la langue Bantu du nom de Benga » paru en. En 1899, le révérend Nassau rend public sa bible traduite en dialecte Benga.

 Derniers sacerdoces et disparition

Au courant de l’année 1906, le Dr Robert Nassau regagne les USA après près de 45 ans passés en Afrique occidentale équatoriale devenue dès lors le Congo français non pas sans nourrir des regrets lui qui souhaitait y émettre son dernier souffle de vie. « Quand j’ai quitté l’Afrique, il n’y avait que deux missionnaires blancs présents sur ce continent et qui avaient une expérience plus longue que la mienne : l’un en Afrique du Sud et l’autre en Egypte. Mais tous les deux étaient mieux situés que moi en raison des conditions climatiques… », s’exprimait Nassau lors de son retour au pays. Il élit domicile en Floride.

Sur place, il se consacre au prêche et à l’écriture de certains de ses ouvrages. Soucieux d’être encore utile en Afrique, il contactera à plusieurs reprises le Conseil mais celui-ci ne lui permit plus de s’envoler pour des cieux étrangers. Il dû difficilement se résoudre à faire des sermons dans de petites assemblées presbytériennes. Le Conseil des missions intérieures l’affecta en Floride à l’église de Starke. Il n’y demeura pas longtemps en raison du racisme qui régnait dans la localité.

En 1908, le Dr Nassau emménage dans son Nord-Est étasunien natal notamment à Ambler, arrondissement du comté de Montgomery localisé à environ 26 km du centre-ville de Philadelphie. Il fut ministre de culte au Mercer Home For Presbyterian Ministers. Par ailleurs, durant les dernières années de sa vie, Nassau partagea une romance idyllique avec Isabella Gummere, une sœur cadette de la femme de l’un de ses cousins. C’est en date du 6 mai 1921 que le Dr Robert Hamill Nassau, ennemi impassible des mathématiques depuis ses années d’école, quitta le monde des vivants, lui qui vivait depuis un certain temps dans une maison de retraite.

Né en octobre 1835, l’homme était sur le point de souffler sa 86ème bougie. En mai 1973, Raymond Woodrow Teeuwissen, lui a rendu hommage en axant les travaux de sa thèse sur la vie du Dr Nassau. Elle fut intitulée « Robert Hamill Nassau (1835-1921) : Pionnier presbytérien missionnaire en Afrique de l’Ouest équatoriale » à « The Faculty of Louisville Presbyterian Theological Seminary/La Faculté du séminaire théologique presbytérien de Louisville » et était centrée sur la vie du docteur-révérend Robert Hamill Nassau afin de mieux faire connaître son œuvre.

En 1919, le père de Raymond Woodrow du nom de Wouter Walter Teeuwissen, infirmier et prédicateur protestant américain d’origine néerlandaise, fit paraître avant lui, un article dans un journal en 1919 alors qu’il se trouvait en Russie dans la région de Sibérie. Il y était comme représentant du Young Men’s Christian Association (YMCA) encore appelée l’Union chrétienne de jeunes gens (UCJG).

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