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Portrait

Ndende Dibantsa, leader anticolonial gabonais et fervent défenseur des droits de l’homme

Ndende Dibantsa, leader anticolonial gabonais et fervent défenseur des droits de l’homme
Ndende Dibantsa, leader anticolonial gabonais et fervent défenseur des droits de l’homme © 2022 D.R./Info241

Devenant un enjeu politique, idéologique et religieux vers le milieu des années 1840, les conquêtes coloniales sous fond d’hégémonisme et d’impérialisme vont esclavagiser les populations autochtones des territoires africains et les réduire au statut d’étranger sur leurs propres terres. Bien qu’étant réfractaire à l’administration coloniale dans un sens restreint et à la colonisation dans un sens plus large, nombreux sont les natifs instruits à l’instar de Ndende Dibantsa (1875-1939) qui choisirent de batailler pour l’autonomie et la dignité de leur pays en n’optant pas pour la lutte armée mais pour celle des idées, voie royale de l’africanité en référence à la palabre qui se règle dans le dialogue et la fraternité.

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Il est tout aussi clair que même s’ils le souhaitaient, l’affrontement directe avec l’administration coloniale n’aurait pas eu un grand apport au regard de toutes les défaites essuyées par les guerriers indigènes anticolonialistes qui s’étaient offusqués des intentions nauséabondes et empiriques des européens. La quasi-totalité d’entre eux furent tués et leurs soulèvements anéantis. On dénombre les cas de Mavurulu Ma Nziengui alias Nyonta Makita certainement assassiné dans sa cellule en 1910, celui de Mbombe-A-Nyangue qui serait mort en détention le 27 août 1913 dans la région de Mouila ou encore celui d’Emane Tole qui aurait été tué en déportation en 1914.

Une des rares photos de l’illustre disparu (centre)

D’autres furent même exécutés publiquement. Comme illustration, il y a celle d’Edzeng Zeng, chef indigène du village Afone dans la région du Woleu-Ntem qui ayant pris part en tant que meneur d’hommes au « mouvement des Binzima », va être décapité devant des témoins ahuris vers la fin des années 1910. Jean-Baptiste, militant et apôtre universaliste pour l’application égalitaire des droits de l’homme, était de ceux qui préféraient la lutte doctrinale que celle de la barbarie sacrifiant une pluralité de vies humaines et décimant des familles entières.

 Présentation générale du personnage

C’est vers 1875 que serait né Jean-Baptiste Ndende Dibantsa dans un village du pays « Tsogho » composant l’actuelle ville de Ndendé se trouvant dans le Sud du Gabon, chef-lieu de la province de la Ngounié. A cette période, le Gabon faisait partie du territoire colonial dénommé « Etablissements français de la Côte de l’or et du Gabon ».

 Formation et activité professionnelle

Jean-Baptiste Ndende Dibantsa était un « instruit » de son époque. Durant sa jeunesse, le jeune Ndende Dibantsa fut admis dans une mission catholique très certainement entre le poste missionnaire Sainte-Marie de ou celui de Baraka, tous deux implantés à Libreville. Ce qui ne souffre d’aucune contestation, c’est le fait qu’il ait été baptisé par des catholiques sous le prénom composé de Jean-Baptiste. Morigéné par ces derniers, il eut en effet l’enseignement suffisant pour trouver un emploi afin de se réaliser. Ndende Dibantsa ne songea pas, le temps d’un instant, à embrasser une carrière presbytérienne au moment de son éducation même si son environnement pédagogique l’influençait fortement dans ce sens.

A la fin de son enseignement, Ndende Dibantsa postula dans la marine française qui accepta sa demande. Il effectua quelques voyages et n’était point conditionné à occuper un poste précis. Dibantsa était un habile et brave ouvrier. Il avait plusieurs cordes à son arc et n’était point usé d’acquérir des savoirs dans tel ou tel nouveau domaine. L’homme était bon charpentier et maîtrisait d’autres métiers de menuiserie qu’il avait apprise antérieurement à son embauche.

 Origine de son combat

La dictature décisionnelle des européens, leurs condescendances indélicatesses ainsi que leur paternalisme outrancier va conduire les peuples autochtones colonisés de l’Afrique en général et du Gabon plus particulièrement à s’insurger contre l’administration coloniale. En terre gabonaise, les leaders des causes insurrectionnelles de divers horizons ethniques montent au front.

Avec le détachement du Gabon de la colonie du Congo français en 1906 jusque vers le milieu des années 1940, des réformes impérialistes traduites par l’instauration des mesures discriminatoires au sein de la région de Libreville, capitale de nouvelle colonie du Gabon, font naître des insurrections armées indigènes malheureusement évincées dans la répression et l’intimidation.

Des jeunes gabonais en sont témoin ou du moins en ont écho et décideront de manifester leur mécontentement, qui était celui de bon nombre d’autochtones, sous une forme plus pacifique. Au cours de l’année 1913, Ndende Dibantsa établit une demeure à quelques encablures des « quartiers huppés » de Libreville, chose pourtant interdite par les autorités. En effet, il existait, à Libreville et dans d’autres régions de la colonie, des zones urbaines distinctes : celles réservées aux européens et celles des indigènes en dépit du fait que Libreville soit devenue une commune mixte en octobre 1911.

De plus, on compte à Libreville plus de 10 milles âmes autochtones pour 700 colons. Une incompréhension et une déloyauté que les moins nombreux dictent les lois de surcroît n’étant même pas natifs ni de la région ni du pays. Comme si cela ne suffisait pas, Ndende Dibantsa recense via une pétition, les mécontents des injustices et de la marginalisation résidentielle imposée par les blancs Cette dernière initiative va provoquer la colère des colons qui voudront en découdre avec lui. Cet affront insoutenable, dont il sera le principal accusé, faillit lui coûter la vie, n’eut été l’éclatement du Premier Conflit Planétaire.

 Actions et protestations

L’avènement de la Première Guerre Mondiale constitue un frein aux différentes réformes territoriales et politiques de l’administration coloniale. Afin de répondre aux attentes des populations du pays face aux ségrégations qu’ils subissent et aux mauvais traitements qui sont infligés aux travailleurs, Ndende Dibantsa et d’autres leaders gabonais cultivés créent la section gabonaise de Ligue des Droits de l’Homme et du citoyen, abrégé LDH, au courant de l’année 1919.

D’autres avancent la date de 1916. S’appuyant sur l’égalité sociale et politique prônée par le Mouvement nationaliste africain (MNA) né aux Antilles en 1900, elle regroupe en dehors de Dibantsa, des instruits gabonais comme Martin Tambani Issembe, Victor Obame, Antoine Mba, Ignace Bekale, Paulin Ndingo... qui peuvent être tous considérés comme les membres fondateurs de la LDH S’ajouteront, d’autres « aristocrates » indigènes à l’exemple de Laurent-Cyr Antchouet, Jean-Rémy Issembe, Léon Gabriel Mba Minko et Louis-Emile Bigmann Indjono. Elle est une cellule d’une association française du même nom fondée en 1898 avec pour objectifs la défense universaliste des droits humains et plus particulièrement la défense et la protection des peuples indigènes tout en dénonçant les abus et les éliminations physiques des natifs des possessions de France par l’administration coloniale.

En outre après la mise en place de la LDH, Dibantsa est propulsé à la présidence de celle-ci et pèse de tout son poids dans la modification des réformes du travail avec le but de rendre caduques certaines lois du régime de l’indigénat autorisant entre autres le travail forcé, l’impôt obligatoire ou encore la gratuité de l’offre des diverses prestations sociales effectuées par des indigènes. Le terme indigénat est resté solidement ancré dans le logiciel mémoriel gabonais. Il a dès lors été utilisé pour désigner toute pratique autochtone non européenne. Le vocable est d’ailleurs beaucoup plus employé dans le domaine de ma médecine. Cependant, l’engagement de Ndende Dibantsa fera parler de lui jusqu’à l’ouest de l’Afrique à l’instar du Dahomey qui voit plusieurs organisations de même type que la LDH mises sur pied.

Même le comité de la LDH de Paris apportera son soutien, dans les années 1920, aux revendications des ligueurs gabonais. Pour l’assister dans sa cause de défenseur des droits de l’ouvrier et du travailleur africain, des gabonais de la diaspora travaillant au Sénégal, au Dahomey, au Congo belge, en Côte-d’Ivoire et au Soudan Français vont lui octroyer une aide financière ; Ndende Dibantsa luttait avec acharnement pour l’égalité des genres en matière de rémunération et de respect afin que tous les travailleurs noirs et occidentaux reçoivent la même considération ainsi que le même traitement.

Auparavant, les revendications des autochtones étaient d’abord introduites auprès de l’administration coloniale de région avant d’atterrir à Paris mais Ndende Dibantsa adressait par télégramme et sans fioritures, ses complaintes ainsi que celles de ses confrères gabonais et africains à l’administration générale voire métropolitaine dans lesquelles il dénonçait les violences et les injustices faites aux travailleurs noirs éreintés par de nombreuses années d’importantes épidémies ravageuses, de ségrégation et d’accroissement des prix des denrées alimentaires. Quantité de ces ouvriers africains furent arbitrairement recrutés (application du régime de l’indigénat par le travail forcé) et moururent lors de la construction de la ligne Congo-Océan reliant Brazzaville à Pointe-Noire.

Cette entreprise âpre et infernale en raison des difficultés de travail liées à l’emplacement géographique du Mayombe, chaîne de montagnes basses du Moyen-Congo (République du Congo de nos jours), coûta environ la vie de 17 milles hommes. La forêt équatoriale qui l’entourait était dense et intransigeante dotée d’un relief herculéen ; des milliers de gabonais déportés sur cet immense chantier de la ligne Congo-Océan passèrent de vie à trépas. Par ailleurs, les ligueurs gabonais ne manquèrent pas de rendre publique, la barbarie ainsi que la libido incontrôlée des administrateurs blancs et du colonat privé s’adonnant souvent à des viols ou du harcèlement sexuel et moral à l’endroit de jeunes filles indigènes ; certains membres de l’autorité coloniale, blessés dans leur orgueil, taxèrent les gabonais de « déracinés ».

Ainsi à compter de 1932, la LDH de France par la voie de son secrétaire générale, l’anticolonialiste et homme politique français Emile Kahn, et de plusieurs de ses soutiens sera très regardante sur les activités et des initiatives orchestrées par Ndende Dibantsa & co. Le natif du Sud du Gabon pointait également du doigt le médiocre accès des indigènes aux soins de santé ainsi que les droits spéciaux accordés aux métis gabonais, le 15 septembre 1936, par voie de décret émanant de l’administration générale de l’Afrique équatoriale française (AEF), une énième décision d’inéquité occasionnant des tensions entre « frères » autochtones d’une même colonie. Une situation qui inversera significativement le rapport de force.

En effet, bien avant l’arrivée de sieur Khan à la tête du secrétariat de la LDH, plusieurs de ses acteurs de poids ne voulurent pas condamner la colonisation parlant plutôt d’acculturation civilisationnelle. Une position claire et prononcée à l’assimilationnisme, tout comme le préconisait la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), l’actuelle Parti socialiste (PS) né de la fusion entre la SFIO et l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG) lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux ayant eu lieu du 11 au 13 juillet 1969.

 Décès.

La cause du décès de Jean-Baptiste Ndende Dibantsa est indécise. Mais d’aucuns affirment qu’il aurait été empoisonné, alors qu’il était âgé d’environ 64 ans, avec la complicité de l’administration locale durant l’année qui marque le début de la Seconde Guerre Mondiale : 1939. Il faut relever que l’homme était devenu extrêmement gênant pour les gouvernants coloniaux et son action menaçait très sérieusement les desseins que la métropole et l’administration coloniale concevaient pour le Gabon et pour ses autres possessions africaines.

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