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Léon Mbou Yembi, un exemple d’intégrité pour la classe politique gabonaise

Léon Mbou Yembi, un exemple d’intégrité pour la classe politique gabonaise
Léon Mbou Yembi, un exemple d’intégrité pour la classe politique gabonaise © 2021 D.R./Info241

Nous dressons aujourd’hui le portait d’une éminence grise dont l’instruction et l’engagement politique ont été d’une exemplarité remarquable : Léon Mbou Yembi (1946 -2019). Issu d’une communauté ethnique assez réduite par le nombre, notre protagoniste a su hisser haut, l’identité et les valeurs de son peuple en servant les intérêts du plus grand nombre. A une époque où le puissant parti unique d’Omar Bongo attirait tous les cadres administratifs du pays ainsi que tous les acteurs prépondérant de la société des gens de lettres, des savants et autres intellectuels, Mbou Yembi n’a de cesse été du côté de la justice, de la transparence et du professionnalisme.

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D’idéologie socialiste, la doctrine bongoïste ne pouvait se greffer à son mode de pensée qui prônait l’intérêt général au profit de l’intérêt particulier. La corruption et le népotisme galopant n’étant aucunement des facteurs clés de développement et du bien-être social, Léon Mbou Yembi a toujours été de ces rares hommes intègres et épris de bon sens qui jura loyauté à ses principes de partage et d’équité prêtant éternellement allégeance à la vérité et à la logique populaire.

 Présentation générale

C’est le 15 janvier 1946 que naît Léon Mbou Yembi. Sa naissance intervint à Ilembo, village Ngouni situé dans le département de Mougalaba dont Guiétsou est la préfecture. Il était Vungu, communauté ethnolinguistique bantoue établie principalement au sud du Gabon. Fils de Yembi Jean et de Ndembi Mboumba Célestine, tous deux sont allés à l’école catholique de Mourindi près de Moabi dans la Nyanga.

Fils aîné de ses géniteurs, le jeune Mbou Yembi ne porte pas un patronyme quelconque. En effet, son nom signifie « arc-en-ciel » qui dans le langage mystique local a trait à la féérie, à un imaginaire sacré reliant la terre au ciel. Il convola en justes noces le 10 juillet 1999 avec mademoiselle Mipimbou Diakité Fatou.

 Cursus

Les études primaires de Léon Mbou Yembi se feront à l’école primaire laïque de la rive gauche de la ville de Mouila. Ses parents décident de l’y inscrire le 1er octobre 1952 à l’âge de six ans. Entre 1955 et 1956, le jeune Léon Yembi fréquente les écoles publiques de Mbigou et de Yombi. Mais c’est à l’école publique de la rive droite de Mouila qu’il décrochera son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) en juin 1958.

En juin 1959, il atterrit à Libreville pour passer le concours d’entrée en sixième au lycée Félix Eboué, établissement secondaire d’excellence devenu lycée national Léon Mba en 1963. Il obtient son Certificat d’études primaires. Inscrit en série B, Léon Mbou Yembi gagne la première partie de son baccalauréat en sciences économiques et l’année d’après, en juin 1968, il est envoyé en Hexagone précisément à Nantes. Sans encombre, il en sort nanti de son baccalauréat série B.

Cependant, au moment où le jeune Mbou Yembi est âgé de 22 ans et qu’il prépare à valider le deuxième volet de son baccalauréat, il est envoyé en stages au sein des entreprise pour s’arrimer au monde professionnel. D’abord, il effectue un stage au sein de la Société pétrolière de l’Afrique équatoriale française (SPAEF) de juillet à septembre 1967. Puis, il fait un autre stage à la Société des brasseries du Gabon (SBG) de juillet à septembre 1968 après avoir obtenu son parchemin un mois plus tôt ; séduits par sa compétence et son acharnement au travail, les dirigeants de la SBG proposèrent à Léon Mbou Yembi une bourse d’études pour qu’il aille se former au métier de « brasseur » et qu’il rejoigne leurs effectifs. Mais le concerné refusa le deal, obnubilé par la poursuite de ses études universitaires.

Le 15 septembre 1968, Léon Mbou Yembi se voit octroyer une bourse d’études par les autorités gabonaises. Il repart en Hexagone et s’inscrit à la faculté des sciences économiques de la ville universitaire du centre de la France, Clermont-Ferrand. En 1970, il s’inscrit également à la faculté des lettres et des sciences humaines notamment au département de philosophie. Il décroche un diplôme d’études universitaires générales et une licence. Ensuite, il s’inscrit à l’académie de Toulouse en maîtrise d’études philosophiques et politiques. Dans ladite université, Léon Mbou Yembi obtient brillement une maîtrise d’enseignement de philosophie en juin 1974, un doctorat de 3ème cycle de philosophie en décembre 1976 et d’un doctorat d’Etat en philosophie en novembre 1981.

 Parcours pédagogique et administratif

Le Pr Léon Mbou Yembi regagne peu après le Gabon après l’obtention de son doctorat de 3ème cycle de philosophie. Le 4 novembre 1977, il dispense son premier cours à l’Ecole nationale d’administration du Gabon (ENA). Dans le même temps, il donne aussi des cours à l’Université de Libreville devenue Université Omar Bongo (UOB) en 1978. En 1981 après l’obtention de son doctorat d’Etat en philosophie, Léon Mbou Yembi élargit son panel d’enseignements. Doyen de la faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’UOB, il entretient ses étudiants à l’étude de la philosophie africaine, moderne et contemporaine.

Il dirige aussi le Centre théorique de maîtrise de philosophie. Cependant à l’ENA, il ne dispense que des cours d’économie. Léon Mbou Yembi a écrit plusieurs œuvres notamment «  Les idéologies politiques », « Discours aux noirs de la diaspora », « Les affinités affectives  » paru en 1986 et «  Essai d’analyse des mécanismes de fonctionnement de la démocratie dans la société précoloniale des Bavoungou du Gabon » paru aussi en 1986. Son ouvrage « L’universalité des questions philosophiques » et son œuvre autobiographique « L’amour resplendissant » est, elle, parue en 2013.

Par ailleurs au début des années 1980, Léon Mbou Yembi est promu directeur de l’école nationale d’administration gabonaise (ENA). Il va révolutionner et laisser à jamais son empreinte dans ce temple mémorable du savoir. Il instaura le concours d’entrée réservé aux candidats possédant une maîtrise ou bien plus et c’est lui qui fit construire le bâtiment qui abrite jusqu’à aujourd’hui l’ENA. Il se battra des années durant pour mettre sur pied l’Ecole de préparation aux carrières administratives (EPCA). Au sein de l’ENA, Léon Mbou Yembi.

Au terme d’un audit interne qu’il avait lui-même organisé, il se rendra compte du caractère miséreux des rémunérations des agents de la Main-d’œuvre non permanente (MONP) de l’ENA. Il améliora dès lors, les salaires desdits employés et encouragea la régularisation des versements des cotisations sociales. Humble, altruiste et intègre, Léon Mbou Yembi n’hésitait pas à rendre à l’état, les deniers publics issus des restes de budgets après que les réalisations pour lesquelles ils avaient été alloués ne soient effectives. Léon Mbou Yembi n’hésitait pas une seconde à emprunter le même bus de transport que les apprenants de l’ENA et sa disponibilité et sa simplicité furent louées par tous.

Léon Mbou Yembi a pris part à plusieurs conférences internationales et panafricaines. En 1982 et 1993, il s’est rendu aux Etats-Unis d’Amérique. Il est intervenu au Cameroun, en République populaire de Chine, en France, en République Centrafricaine, au Togo, en Côte-d’Ivoire, au Luxembourg, au Sénégal, au Maroc… Léon Mbou Yembi a été l’un des membres fondateurs de l’Union des écrivains gabonais ainsi que le premier président de ladite entité.

 Carrière politique

Après avoir occupé pendant environ dix ans le poste de directeur général de l’ENA, Léon Mbou Yembi se lança en politique. D’abord, il prit part à la conférence nationale de 1990 qui visait à pluraliser le paysage politique gabonais : c’était ainsi l’avènement de la démocratie au Gabon après 23 ans d’autocratie. Il proposa une organisation politique et idéologique simplifiée en raison de la multitude de formations politiques qui se firent enregistrées. Influencé par le marxisme et le socialisme, Léon Mbou Yembi voulait socialiser la pensée politique gabonaise en prenant en compte l’évolution des politiques de développement.

Il fonda alors l’Association pour le socialisme au Gabon (APSG) avec son ami de longue date, Mapangou Moukagni Muetsa et tous deux prirent activement part aux différents débats. Lors de la première élection législative multipartite, Léon Mbou Yembi est élu député sous la bannière de l’APSG le 16 septembre 1990. Le 1er février 1992, trois formations politiques à savoir l’Association du parti socialiste gabonais, l’Union socialiste gabonaise et le Mouvement de redressement nationale calebasse fusionnent et donnent naissance au Forum africain pour la reconstruction (FAR).

Lors du congrès national du Forum africain de la reconstruction (FAR), Léon Mbou Yembi est propulsé premier secrétaire national. Il est soutenu par des leaders politiques notamment le général d’armée Simon Mengome Atome et l’ancien baron du régime PDG, Bonjean Ondo passé ancien acteur de l’opposition précisément au sein de l’Association générale des étudiants gabonais (AGEG) et au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Le 5 décembre 1993, Léon Mbou Yembi se présente à l’élection présidentielle à résonnance démocratique de 1993, la première du genre du moins sur la forme.

Il perd l’élection et ne récolte que 1,83 % des suffrages exprimés. Lors de l’élection législative de 1996, Léon Mbou Yembi remporte la députation au premier tour. En 2001, il perd la députation mais continue à vivifier l’opposition au sein du Haut conseil de la résistance (HCR) aux côtés de Pierre Mamboundou de l’Union du peuple gabonais ou encore du docteur Pierre-André Kombila Kombila du Rassemblement national des bûcherons (RNB). En 2006, Léon Mbou Yembi est de nouveau élu à l’assemblée nationale mais à la fin de son mandat en 2011, il prendra sa retraite.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2005, Léon Mbou Yembi voulut unir l’opposition en œuvrant pour la mise en place d’une candidature unique de l’opposition. Mais cette initiative n’aboutit point. L’année suivante, il participa pour le compte de l’opposition, aux travaux portant sur les réformes du système électoral. En 2009, il s’opposa avec virulence à la candidature du fils d’Omar Bongo, un certain Ali Bongo.

Pendant ses mandants au sein de l’hémicycle, Léon Mbou Yembi a été membre de la commission Finances, budget et comptabilité publique, celle portant sur l’économie et le développement, la commission des lois et des affaires administratives, la commission de la planification, celle de la coopération internationale et de la défense nationale en qualité de vice-président ainsi que la commission des affaires étrangères.

Membres de plusieurs groupes d’amitié et d’associations parlementaires, il fut le premier président du groupe d’amitié russo-gabonais. Cependant, Léon Mbou Yembi a toujours milité pour la transparence électorale lors des différentes concertations politiques convoquées par le pouvoir auxquelles il a pris part notamment les Accords d’Arambo en 2006 ou encore le dialogue politique d’Angondjé de 2017.

 Disparition

Loyal, honnête et appelé affectueusement « Grand ou Ya Léon », l’une des rares figures emblématiques du paysage scientifique et politique du Gabon pour n’avoir jamais rallier les rangs du Parti démocratique gabonais (PDG), Léon Mbou Yembi s’éteint à Libreville le 3 août 2019 à l’âge de 73 ans au Centre hospitalier de Libreville. Il fut inhumé le 22 août 2019 à la place des fêtes de Guiétsou.

Mais bien avant sa mise en terre, la dépouille fut exposée à Mouila au quartier Dourouni et plusieurs personnalités politiques de sa province natale dont le ministre de l’agriculture, Biendi Maganga Moussavou, du haut dignitaire de la République Emile Kassa Mapsi et plusieurs membres de son parti politique vinrent lui rendre un dernier hommage. C’est ainsi que celui qu’on surnommait « le patriarche du peuple Vungu » retrouva ses aïeux pour accéder au repos éternel.

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