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Chronique

Le véritable bilan de l’année 2020 au Gabon

Le véritable bilan de l’année 2020 au Gabon
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Nous sommes à l’orée de l’année 2021, c’est souvent l’occasion de faire un bilan de l’année écoulée alors je vais me lancer dans un bilan sans concession de notre année à tous.

Moov Africa

 Les enlèvements d’enfants : Rinaldi Abagha Ngoua disparait 12 janvier 2020

L’année 2020 avait commencé par l’enlèvement de Rinaldi Abagha Ngoua, 3ans enlevé dans son village et de cet évènement a suivi une psychose de vrais ou faux enlèvements. A ce jour aucune trace de cet enfant malgré les cris de sa mère et son oncle. L’enfant semble s’être volatilisé, les forces de l’ordre dans notre pays sont toujours aussi inefficace face aux drames qui touchent les sans-grades. Par contre lors qu’il s’agit de mater des travailleurs ou des étudiants qui réclament leurs droits ils donneraient des complexes aux polices les plus répressives du monde.

 Gabon Télévision toujours un organe de propagande

Le régime bongo-PDG, au cours de cette année s’est trouvé de nouvelles figures de proue, nouvelle premier ministre, nouveau maire Libreville, nouveaux prisonniers (qui demain rejoindrons l’opposition au régime). Cependant on pourra noter que malgré nombreux atermoiements de ses obligés ali bongo ne s’est toujours pas adressé aux gabonais en direct. Pire Martial Tchibinda qui chaque soir dénonce l’incivisme des gabonais, des administrations, l’irresponsabilité de l’opposition et de la diaspora via son émission « l’édito » ne s’est toujours pas étonné que le chef de l’exécutif boude les média nationaux depuis plus deux ans.

  Nouvelle distraction modification des lois

Au cours de cette année, l’exécutif s’est découvert une nouvelle façon de distraire l’opinion nationale, pour ne pas parler des vrais sujets (les perspectives pour les 19000 bacheliers que nous formons chaque année et qui dirige exactement le Gabon vers quoi nous dirige(nt)-il(s)). On a eu tour à tour, la dépénalisation de l’homosexualité, la reconnaissance du mariage « coutumier » (en sachant que tout mariage civil ou religieux est coutumier et découle d’une tradition), fixation du montant de la dot, et enfin la modification de la constitution. Pour le dernier élément à savoir la modification, il a permis aux uns et aux autres de montrer combien ils tenaient à l’Etat de droit, même s’il reste une question : avant cette modification constitutionnelle le Gabon était il un état de droits ? J’ai entendu certains dire pour une telle modification il fallait solliciter le peuple par référendum. J’aimerais leurs demander si cela avait été le cas qu’est ce qui aurait empêché le Haut-Ogooué de faire basculer le camp du Oui à la modification constitutionnelle ? Qui pense sincèrement que le scrutin aurait été sincère et que les résultats que publieraient dame Mborantsouo seraient les vrais ?

 Philippe Autié un ambassadeur bien intrusif

D’ailleurs je m’étonne qu’il n’y ait pas autant de bruit lorsque cette constitution est bafouée. Par exemple par quelle(s) disposition(s) de la loi Messieurs Léandre Zué et Grégory Laccruche ont-ils perdu leurs mandats de maire ? Ses deux personnes n’ayant été reconnues coupables d’aucun délit ou crime et jouissant pleinement, jusqu’à preuve du contraire de l’exercice de leurs droits civiques et politiques. Qui au Gabon s’indigne quand l’ambassadeur de France fait le tour des hommes politiques gabonais de l’opposition jusqu’au président de la république ? Qui rappelle à M. Philippe Autié qu’un ambassadeur ne se mêle pas de la politique intérieure du pays qui l’accueille, n’est ce pas une violation de notre souveraineté et par de là notre constitution ?

Pour ma part, je pense que la constitution du Gabon, ne me parle pas, je ne saurais donc la défendre. Je me sens plus enclin de parler de l’enlèvement de Rinaldi Abagha Ngoua ou de la mort Ismael Nzeh à Mekambo. Je dois également de dire au nom de la vérité que je pense sincèrement que la nouvelle constitution est plus en phase avec l’idée que je me fais du Gabon actuel. Je pense que le Gabon est une dictature où le chef nomme tout le monde donc qu’il nomme les sénateurs dont aucun gabonais sérieux ne peut justifier l’utilité ne me dérange pas. Qu’on crée un triumvirat à la tête de l’état en cas de vacance de pouvoir au détriment de la séparation des pouvoirs et de la hiérarchie du gouvernement ne me choque pas. Car je n’ai jamais cru que les pouvoirs étaient séparés au Gabon, d’ailleurs je n’ai jamais cru que le Premier ministre avait autorité sur les ministres (je suis resté à Léon Mebiame qui affirmait n’avoir jamais gouverné).

L’honneur et la dignité ne s’achèteront jamais.

Sinon à part ça, le spectacle auquel se livrent les pdgistes pour justifier la modification constitutionnelle voulue par leur chef doit faire énormément plaisir à Jorge Luis Borges car sa célèbre citation sur les dictatures est enfin mise en musique pour rappel il disait ceci « Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie ».

 2020 Annus horribilis : Covid 19

Sinon au cours de cette année 2020, il y a eu une crise sanitaire qui a permis l’apparition d’une nouvelle figure au PDG, GP Obiang l’homme à la manière d’un technocrate rompu à la tâche s’est appliqué à montrer une gestion rigoureuse et méthodique de la crise. Cette gestion lui a valu de récupérer la tête du ministère de la santé. Comme le naturel revient toujours au galop, en bon pdgiste, il est allé dans son fief où il a été accueilli en rock star au grand mépris des mesures barrières qu’il prônait la veille (tee-shirt, bouffe, danses personne ne dira d’où vient l’argent). Entretemps il a inauguré une passerelle en bois dans son fief (nouvelle attribution du ministre de la santé). Il avait également pris la décision de confiner tous les malades mentaux du pays en 7 jours , chaque Librevillois peut apprécier la réalisation de cette tâche . Neuf mois après le déclenchement de la crise sanitaire malgré toutes les études nationales et internationales qui montrent que les pays africains ont moins à craindre en raison de nos anticorps et de la relative jeunesse de notre population, le pays reste confiné avec un couvre-feu, au passage je salue les forces de l’ordre qui patrouillent sans rechigner depuis neuf mois.

Le corona virus a été aussi l’occasion pour nos hommes politiques de tous bords d’exprimer leur générosité vis-à-vis des plus démunis en les privant de leurs dignités car ils devront remercier leurs bienfaiteurs devant les cameras de Gabon TV. Je n’oublie pas le scandale des gabonais oubliés à travers le monde alors que des vols d’air France bourrés de malade rentraient dans le pays. La catastrophe des loyers non payés et la réhabilitation de nos bons vieux remèdes (L’Ekouk a eu son heure de gloire).

 Le nouvel homme fort de l’Eglise Catholique du Gabon

Cette crise sanitaire a permis également de nous montrer que Mgr Basile Mvé avait quitté l’archevêché de Libreville remplacé par Mgr Iba-Ba qui dans le respect nous a rappelé sans violence qu’ « un dictateur n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi ». Il a permis, à tous les chrétiens du Gabon, après son bras de fer, de retourner dans leurs lieux de culte.

  Une opposition aphone coupée du peuple, « l’appel à agir seule lueur d’espoir »

Il s’est également passé des choses du coté de l’opposition politique, toujours pas d’apparition de nouvelle figure, le plus emblématique de cette situation est le départ avorté de Zacharie Myboto faute de consensus en interne. Jean Ping pour sa part continue de marteler à la manière d’un rotor que seule sa prestation de serment permettra le retour à la sérénité et à un nouvel essor du Gabon sans que personne ne puisse comprendre comment cette procédure restitution se fera ou sur quel ressort il compte tirer pour la réalisation de son but. Sur cette année on n’oubliera pas la belle bataille de « l’appel à agir » qui est peut-être la seule lueur d’espoir de ce coté là et qui aura eu le mérite de mettre en évidence l’absence d’institution dans notre pays.

  Diaspora bruyante

La diaspora reste toujours aussi active, personne ne lui reprochera d’avoir renoncé même si on peut toujours déplorer une certaine inorganisation (toujours pas de plateforme commune). Les Assises de la diaspora, la création de Debout Peuple Libre et l’activité incessante de « Trop C’est Trop » ont été des faits marquants. La convergence des luttes de plus en plus marquante via les marches panafricanistes. Les activistes sont au centre de l’actualité et se sont imposés comme premier contrepouvoir au régime bongo-PDG.

  Le spectre du chaos

Sur le plan économique 2021 va être l’année de tous les risques avec la fermeture de plusieurs commerces pendant des mois, les bars, boites de nuit … la réouverture s’annonce comme celle de tous les dangers.

Le secteur de l’éducation continue sa longue et vertigineuse chute de Charybde en Scylla sous les yeux impuissants et indifférents des parents d’élèves. La cuvée du bac 2020 est forte de 19000 individus quand on sait que ce pays crée de moins 1000 emplois par an lorsque la croissance est de 3%, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaises augures, on peut dire que ses 19000 bacheliers devront être forts et ingénieux car l’avenir est sombre pour eux et pour toute la jeunesse Gabonaise. Le ministre des eaux et forets a bien promis 5000 emplois pour 2020 mais il faudra repasser.

 La machette coupera toujours bois, Zorbam toujours en finale

Sur le plan culturel cette année nous aura encore démontré que chez « Zorbam Produxion » qu’« ils sont de ces rares disciples qui participent par l’artistique à rendre la life moins hard au Gabon, activistes des claques qu’ils administrent à chaque fois que le mapane ou la patrie glisse man. C’est le pays qu’ils auscultent des valeurs qu’ils inculquent des frères qu’ils rééduquent contre un salaire nul ». Cette année difficile 2020 a montré le génie de LESTAT XXL qui est incontestablement l’Homme de l’année avec son catalogue challenge, il a redonné de la force game comme on dit chez les jeunes. Je veux aussi dire un immense merci Lord Ekomy Ndong pour son double album « petit mutant dans son coin » et celui Rodzeng « Ma ke » qui restera pour moi l’album de l’année 2020. On peut aussi noter les six épisodes du documentaire de Samuel Lee Jackson où on découvre avec effarement qu’un ministre au Gabon a aussi comme attribution les fonctions de guide touristiques.

Bonnes fêtes aux affligés ne désespérez tant que vous êtes en vie, il y a de l’espoir

Je finirais ce bilan de l’année en ayant une pensée pour tous les gabonais injustement emprisonnés, ceux qui sont en prison depuis des années sans jugement ni procès.

Je vous souhaite à tou(te)s d’excellentes festivités de fin d’année sans heurts ni excès.

Ivan-Cédric NZE, citoyen et observateur de la vie politique gabonaise

Moov Africa

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