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Abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema, un religieux au service de la liberté et de la vérité

Abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema, un religieux au service de la liberté et de la vérité
Abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema, un religieux au service de la liberté et de la vérité © 2021 D.R./Info241

C’est au 17ème siècle que l’introduction du christianisme au Gabon eu lieu. Mais ce n’est qu’en 1842 et 1844 que vinrent les missionnaires protestants et catholiques. Après qu’ils se soient implantés en terre gabonaise, une « guerre » d’idéologie chrétienne sinon religieuse éclata. Les premiers catholiques qui étaient de nationalité française voulurent s’imposer devant les protestants qui eux étaient à la base des américains, chacun justifiant sa présence dans cette contrée africaine pour « délivrer » les indigènes y vivant des griffes de « Satan » et rétablir les fondements d’une véritable civilisation humaine à savoir la paix et l’amour du prochain comme si ces valeurs intrinsèques à tous les hommes présents sur terre n’avaient jamais existé dans les sociétés africaines.

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Quoi qu’il en soit, les missionnaires catholiques prirent, au fil des années, de l’avance sur leurs concurrents protestants. L’éducation et l’organisation de la société gabonaise fut alors dictées par l’Eglise catholique du Gabon fondé le 28 septembre 1844 par les pères Bessieux et Grégoire Sey, tous deux français. Plusieurs autochtones de cette région de l’Afrique firent alors le choix de consacrer leur vie en Christ, abandonnant leurs habitudes ancestrales.

Mais certains d’entre eux usèrent de leur foi pour combattre le système pré et postcolonial qui avait été mis en place avec la complicité des missionnaires d’obédience catholique qui les avaient formé et encadré. L’abbé Aimé Ngwa Nguema (1933-2015), s’appropriant ainsi le sens profond des termes « amour » et « liberté », voua sa vie à défendre les intérêts et la condition humaine de ses concitoyens.

 Naissance

Alors que le Gabon n’est alors qu’une colonie de l’empire colonial français sous l’égide de son gouvernement fédéral d’Afrique équatorial répondant au nom d’Afrique équatoriale française (AEF), c’est dans l’une des régions de cette partie de l’Afrique centrale que vient au monde en 1933 l’abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema précisément dans la ville de Lambaréné, aujourd’hui capitale provinciale de la province du Moyen-Ogooué.

 Cursus

C’est au sein du séminaire de Brazzaville, capitale de l’AEF à l’époque, que l’abbé Noël Ngwa débute ses études secondaires. Puis, il s’envole pour la France. Il atterrit au Nord-Est de l’hexagone notamment dans la ville de Strasbourg pour achever son parcours secondaire. Après son baccalauréat, Noël Ngwa s’inscrit à l’université de Strasbourg. Au sein de celle-ci, il finit par décrocher une licence ancien régime en théologie et en philosophie. Noël Ngwa décide de continuer sa formation à l’université de Strasbourg et s’inscrit en « Lettres modernes ». Brillant, il y décroche son doctorat 3ème cycle en lettres modernes. Il regagne le Gabon en 1970.

 Activités professionnelles et religieuses

Ordonné prêtre depuis 1964, Noël Ngwa affectueusement appelé « l’abbé Noël Ngwa » officie dans plusieurs paroisses de Libreville. En effet, il a été ordonné prêtre de paroisse dès son arrivée au pays et aumônier d’action catholique. L’abbé Ngwa dispense des cours dans certains établissement secondaires de la capitale notamment au collège Bessieux et au Lycée Quaben ; il fut notamment directeur du collège Bessieux. Il est aussi enseignant à de l’université de Libreville devenue plus tard Université Omar Bongo (UOB).

Entre autres, l’abbé Noël Ngwa s’éprend pour la musique religieuse et en devient un auteur-compositeur. Mais, l’abbé devient de plus en plus soucieux du mieux-être des populations gabonaises et du développement du pays dont la cause est toute trouvée : le président Omar Bongo et l’ensemble de son gouvernement. Les gabonais croupissent dans la misère et les secteurs clés au développement tels que la santé et l’éducation sont laissés pour compte. Il mène alors des activités politiques illégales car toute forme d’opposition au régime de Bongo, marquée par l’instauration du parti unique, est prohibée par la loi. C’est le début de son sempiternel combat contre l’oppresseur.

 Engagement politique

Alors que le pays est plongé dans une forme de léthargie socio-économique provoquée par l’accaparement des richesses du pays par une poignée d’acteurs politiques, plusieurs voies s’élèvent et demandent des explications aux dirigeants. Certains vont même jusqu’à essayer d’évincer le régime dictatorial de Bongo par la voie des urnes : c’est le cas de Germain. Mal lui en a pris car il est finalement enlevé un soir pendant qu’il rentrait chez lui. Jamais son corps ne fut trouvé. De tels agissements enveniment davantage la situation politique car des valeureux opposants au président, en dépit des tentatives d’enlèvement et d’intimidations, osent faire face à Bongo.

Un parti clandestin voit le jour en la personne du Mouvement de redressement national (MORENA) et ses différents membres décident d’organiser, en 1981, une manifestation de protestation contre Omar Bongo afin de dénoncer sa gestion calamiteuse des deniers publics et son autoritarisme envers la démocratie et ceux qui veulent l’insuffler. Parmi les protestataires se trouve l’abbé Noël Ngwa qui est déjà fiché depuis belle lurette par les services de renseignements gabonais. L’abbé Ngwa est véritablement craint du régime car sa virulence et sa popularité auprès des populations notamment des apprenants, du personnel soignant et des croyants catholiques, constitue une arme de destruction massive qui pourrait profondément enrayer le régime.

L’abbé Noël Ngwa et plusieurs adhérents du MORENA sont par la suite mis aux arrêts. Ils sont d’abord jugés lors d’un premier procès en 1982 condamnant la manifestation de 1981 qualifiée « d’illégale » par les autorités. Ensuite, un second procès acte la condamnation de l’abbé Noël Ngwa, Félicien Essono Ntoutoume et Jules Mba Nzoghé entre autres. Le décret n° 013884/PR portant mise en accusation du MORENA devant la cour de sûreté de l’Etat stipulait que « les inculpés sont mis en accusation pour trois motifs principaux : entreprise des actes ou des manœuvres de nature à compromettre la sécurité de l’Etat (pour avoir organiser pacifique à partir de la gare routière de Libreville), outrage au chef de l’Etat dû à la confection de tracts portant atteinte à son honneur ou à sa considération et participation à une propagande écrite ou orale tendant à la révolte contre l’Etat (prévu et réprimé aussi par l’article 88 du code pénal).

Certains furent condamnés à des peines avoisinant les 20 ans de prison et de travaux forcés. Les plus corrosifs pour le régime à l’instar de l’abbé Noël Ngwa ou encore de Moubamba Nziengui furent torturés à outrance notamment à l’électricité. C’est en tout cas ce qu’affirme sur son blog « Médiapart » daté du 8 avril 2014 l’ex-vice premier ministre et opposant farouche d’Ali Bongo, Bruno Imhotep Bren Moumamba, qui était en effet le neveu de Moubamba Nziengui. L’abbé Noël Ngwa affirma plus tard qu’ils eurent « un traitement plus ignominieux que celui des assassins et autres grands bandits », ce qui en dit long sur les souffrances endurées durant son incarcération.

 Retour au calme et persécutions

En 1986, le président Bongo prend la décision d’établir un contact avec la branche parisienne du MORENA qui est dirigé à l’époque par Père Paul Mba Abessole. Pour ce faire, Omar Bongo ordonne la libération de quelques adhérents et sympathisants du MORENA qui avaient été emprisonnés en 1985. C’est pour le président, un geste de bonne foi pour assainir l’atmosphère politique mais surtout un moyen de convaincre les derniers soldats démocratiques de l’époque d’abandonner leurs aspirations liées à l’avènement du multipartisme. En 1989, les pourparlers sont fructueux et aboutissent à la libération de plusieurs leaders du mouvement.

Mais pour autant, le régime ne cèdera pas aux demandes du MORENA d’instaurer un environnement politique pluriel. Ce sont les manifestations estudiantines de 1990 qui feront finalement plier le camp du président Bongo & Co, déjà bien affaibli par le président socialiste François Mitterrand lors de la 16ème Conférence des Chefs d’Etat d’Afrique et de France qui eue lieu dans la commune française de la Baule-Escoublac, situé en Loire Atlantique. Pour Bongo et ses pairs africain du même acabit, c’est un énorme coup de massue car son nouvel « employeur » français en la personne du président Mitterrand l’a sommé de s’aligner aux valeurs démocratiques tant souhaitées par les populations de plusieurs pays africains.

Une conférence nationale est organisée à Libreville pour désinstitutionnaliser l’autocratie et toutes les forces vives de la Nation sont conviées à y prendre part dans le but de poser les jalons de la démocratie en terre gabonaise. L’abbé Noël Ngwa y participe mais compte rester un simple observateur de la vie politique, se voulant toujours proches de ses apprenants et de ses paroissiens. Des années passent mais le pays fait désormais face à un autre fléau qui gangrène la vie démocratique : la fraude électorale. La corruption et le marchandage politique ne cessent de se développer.

L’abbé Ngwa ne manque pas une occasion d’être toujours critique envers le régime et envers ceux qui trahissent les gabonais pour qui lesquels ils disaient se battre. Beaucoup d’opposants d’hier deviennent des oppresseurs et des valets de Bongo, entretenant un système de spoliation et de paupérisation à grande échelle. Cependant, l’abbé se retrouve intimider par la police qui est aux ordres du président. Il est accusé en novembre 2004 de fomenter un coup d’Etat contre le président Bongo et des fouilles sont menées à son domicile car des armes s’y trouveraient. De plus, plusieurs de ses proches sont arrêtés, lui-même ayant été détenu en toute illégalité du 18 au 19 novembre 2004. La police voulut l’arrêter au sein même de la cathédrale Sainte-Marie de Libreville alors qu’il officiait une cérémonie d’ordination avec l’archevêque de Libreville Monseigneur Basile Mvé Engone qui s’y opposa farouchement.

 Disparition et héritage

Passant sa vie comme porte-voix des opprimés et défenseur de la liberté et de la démocratie, l’abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema finit par « faire parler de lui » le lundi 2 mars 2015, quand il prit la forme de l’élément avec lequel il fut créé, c’est-à-dire de « la poussière ». Agé de 82 ans, l’abbé Ngwa fut inhumé le 13 mars 2015 au séminaire Saint-Jean de Libreville. Le 28 juin 2014, l’abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema avait célébré ses 50 ans de sacerdoce et avait été félicité et encouragé par le Saint Père le Pape François lui-même pour l’œuvre accomplie pour l’Eglise du Gabon.

Durant l’année 2000, Noël-Aimé Ngwa Nguema publia un ouvrage du nom de « Rites initiatiques gabonais à la rencontre de l’évangile » à la suite d’un constat amer qu’il fit en 1994 en rapport aux limites pédagogiques de la première évangélisation du Gabon. En octobre 2008 paraît aux éditions L’Harmattan, une autre œuvre de l’abbé Ngwa « Choisir de dire la vérité – Ma lutte pour la liberté et la justice » qui retrace l’itinéraire d’un prêtre catholique épris de liberté et de justice. C’est d’ailleurs lui, l’abbé Ngwa, qui est l’instigateur principal de « l’aide publique à la presse », afin de mieux informer et mieux éduquer les populations.

Située à Nzeng-Ayong, l’école de mode de l’archidiocèse de Libreville fut créée en 1996 par l’abbé Noël-Aimé Ngwa Nguema dans le but d’aider les personnes démunies à obtenir un premier emploi et vivre de l’art de la couture. Il est aussi le fondateur de la paroisse « Cœur Immaculé de Nzeng-Ayong ». Il faut rappeler tout de même que l’abbé Noël Ngwa était un indéfectible amoureux de la culture africaine, plusieurs le considérant comme le précurseur de la « théologie de la libération » à la gabonaise.

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